Les représentants du gouvernement du Yémen et des rebelles Houthis ont conclu un accord jeudi à Stockholm, qui, s’il est respecté, permettra d’éviter une catastrophe humanitaire, et d’ouvrir la voie à un accord de paix après quatre ans de guerre.

Le Ministre yéménite des Affaires étrangères, Khaled al-Yamani, et le délégué des rebelles Houthis, Mohamed Abdelsalam, se serrent la main sous le regard du Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guetteres, jeudi 13 décembre à Stockholm.
Le Ministre yéménite des Affaires étrangères, Khaled al-Yamani, et le délégué des rebelles Houthis, Mohamed Abdelsalam, se serrent la main sous le regard du Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guetteres, jeudi 13 décembre à Stockholm. © AFP / Jonathan NACKSTRAND / AFP

Il en aura fallu de l’obstination à l’émissaire onusien Martin Griffith pour arriver à ce premier résultat inespéré, qui fait naître un espoir de paix dans ce pays martyr qu’est le Yémen. Il aura fallu, aussi, le scandale de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, commandité par le pouvoir de Ryadh, pour que le climat diplomatique change.

Pas facile de créer les conditions de la confiance dans un dossier qui tient de la guerre civile, du conflit régional et qui est devenu un enjeu international. Pour assurer la tenue de la Conférence de Stockholm entre les belligérants, Martin Griffith est allé lui-même à Sanaa prendre l’avion avec les délégués des rebelles Houthis afin de les rassurer, et d’éviter le fiasco d’un premier rendez-vous manqué à Genève.

Cette fois, ils étaient là, et ont serré la main des représentants du gouvernement légal du Yémen, pour la première fois depuis au moins deux ans, avant de négocier un premier accord annoncé hier, en présence du Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Gutteres.

Il ne s’agit pas encore de la paix, mais d’un premier pas destiné à éviter la catastrophe humanitaire annoncée au Yémen. 

L’enjeu était le port d’Hodeida, aux mains des rebelles Houthis et par lequel passe l’essentiel de l’approvisionnement de millions de Yéménites. Quasiment encerclé, Hodeida aurait sans doute été attaqué et capturé ou détruit par les forces de la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, en cas d’échec à Stockholm. Et des millions de civils en auraient subi les conséquences.

Les positions des belligérants au 5 décembre 2018
Les positions des belligérants au 5 décembre 2018 © AFP / Valentina BRESCHI, Thomas SAINT-CRICQ / AFP

L’accord de Stockholm prévoit un cessez-le-feu à Hodeida, consolidant la trêve relative de ces dernières semaines. Le cessez-le-feu sera garanti par le déploiement de forces neutres supervisées par l’ONU, et la création de corridors humanitaires pour approvisionner la population. 

Il ne sera assurément pas facile de faire respecter cet accord, qui prévoit que les forces des deux camps se retirent de la zone. Mais c’est la première fois, en près de quatre ans de guerre, que les discussions vont aussi loin.

Les négociateurs devront réussir cette première étape avant d’aller plus loin. Il leur faudra une résolution du Conseil de sécurité, pour donner à la fois un cadre légal et la caution des grandes puissances à ce fragile accord.

Mais ce premier pas montre qu’il est peut-être possible d’enclencher une désescalade, et en particulier un désengagement des acteurs étrangers au conflit intérieur yéménite, qu’il s’agisse des Saoudiens, des Émiratis, des Iraniens ou des Occidentaux. Hier à Washington, contre l’avis de l’administration Trump, le Sénat à majorité républicaine a ainsi voté l’arrêt de l’aide américaine à cette guerre.

Le Yémen a suffisamment de contradictions internes pour ne pas subir aussi celles de la région, en particulier la rivalité irano-saoudienne. Les souffrances des Yéménites ne vont pas cesser du jour au lendemain, mais au moins l’espoir est revenu : c’est la force de la diplomatie de savoir saisir les opportunités, même tragiques comme l’assassinat de Jamal Khashoggi.

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