Rouhola Zam, qui bénéficiait du statut de réfugié politique en France, a été attiré en Irak puis emmené en Iran où il a été exécuté samedi. Un geste qualifié de « barbare » par la France, et qui complique tout rapprochement diplomatique avec le régime de Téhéran.

Rouhola Zam au cours de son procès à Téhéran en juin dernier. Condamné à mort, le journaliste exilé en France a été exécuté samedi.
Rouhola Zam au cours de son procès à Téhéran en juin dernier. Condamné à mort, le journaliste exilé en France a été exécuté samedi. © AFP / ALI SHIRBAND / MIZAN NEWS AGENCY / AFP

Rouhola Zam vivait depuis 2011 en France, où il bénéficiait du statut de réfugié politique. Il était journaliste, dissident, actif sur les réseaux sociaux pour informer sur son pays. Il y a quelques mois, il s’est rendu en Irak, attiré par la promesse de fonds pour financer une web-télé : il n’en est jamais revenu. Rouhola Zam est tombé dans un piège, et s’est retrouvé jugé, condamné à mort et donc, exécuté samedi en Iran.

Depuis, les condamnations pleuvent, dont celle de la France qui a employé des mots inhabituellement forts : "un acte barbare et inacceptable". La France et plusieurs pays européens ont décidé de boycotter un forum économique avec l’Iran qui devait se tenir aujourd’hui, et qui a finalement été annulé.

Hier, on apprenait qu’un autre dissident iranien exilé, Habib Chaab, réfugié quant à lui en Suède, avait été kidnappé par les services secrets iraniens à Istanbul où il avait été attiré, là encore, dans un piège. Son arrestation a été annoncée à Téhéran, et, accusé d’être lié à un groupe défendant la minorité arabe d’Iran, il risque de connaître le même sort que Rouhola Zam.

La République islamique n’a jamais pris beaucoup de gants pour régler ses comptes hors de ses frontières. Mais il existe aujourd’hui un contexte bien particulier qui peut expliquer ce geste.

Le pouvoir iranien, toutes factions confondues, vit dans une grande paranoïa depuis une série d’événements menaçant sa stabilité. Il y a eu de grandes vagues de manifestations sociales ou politiques, dont celles de 2017 pour laquelle Rouhola Zam a été mis en cause ; il y a eu une série d’assassinats en Iran, dont le dernier, celui du chef du programme nucléaire, Mohsen Fahkrizadeh, il y a seulement trois semaines ; et enfin l’élimination, il y a bientôt un an, du général Soleimani, l’homme-clé des opérations iraniennes au Moyen Orient, tué par un drone américain en Irak.

S’en prendre à des dissidents en lien avec l’Occident - Ruhola Zam a été accusé de travailler pour les services français - est une manière d’envoyer un message d’intransigeance et de défi, à un moment de grande fragilité. 

Quel impact cela aura-t-il sur l’accord nucléaire ? 

C’est une question complexe, car si on avait voulu compliquer la reprise des négociations nucléaires souhaitées par le futur Président américain Joe Biden, on ne s’y serait pas pris autrement. Cette exécution révulse et n’encourage pas à renouer le dialogue avec ce régime.

Mais il ne faut pas non plus exclure que cet acte soit le fait de l’aile dure du régime, qui ne veut justement pas d’une nouvelle négociation avec le Grand Satan américain.

Depuis des années, la complexité de la structure du pouvoir iranien complique toute tractation ; entre un Président sans grand pouvoir, un Guide suprême qui a le dernier mot, et des Gardiens de la Révolution qui n’obéissent pas au gouvernement. 

Qui a voulu la mort de Rouhola Zam et dans quel but ? En attendant d’avoir les réponses, il reste un acte indigne d’un État au XXI° siècle, qui augure mal de la nouvelle ère diplomatique qui va s’ouvrir.

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