Le discours d’inauguration de Georges Bush avait suscité les premières interrogations. Son discours sur l’état de l’Union les a renforcées et celui de Condoleezza Rice, mardi dernier, à Sciences Po, a achevé d’ouvrir le grand débat qui monte en Europe sur le changement ou la continuité de la diplomatie américaine. « Rien que des changements de forme », disent les uns. « Non, de fond » répondent les autres et, déjà vif, ce débat sous-tendait, samedi, à Munich, le discours du chancelier allemand devant la conférence annuelle sur la sécurité occidentale. Il planait, le même jour, à Paris, sur le colloque sur les relations transatlantiques organisé par Dominique Strauss-Kahn et, d’un côté comme de l’autre, les arguments ne manquent pas car, en politique, un changement de forme devient vite un changement de fond. La certitude est que Georges Bush n’est pas devenu multilatéraliste, qu’il n’est pas prêt à soumettre la puissance américaine aux décisions du Conseil de sécurité et que l’Amérique reste, à ses yeux, la « nation essentielle » dont parlait déjà la secrétaire d’Etat de Bill Clinton. Sur ce point, fondamental, bien sûr, la continuité est entière à Washington mais pourquoi Georges Bush, Condoleezza Rice, Donald Rumsfeld maintenant, se donnent-ils alors tant de mal pour amadouer les Européens ? On peut considérer, beaucoup le font, que c’est tout simplement car très bien réélu, ayant marqué un point à Bagdad avec le succès des élections irakiennes et voyant, de surcroît, Israéliens et Palestiniens reprendre langue, Georges Bush se sentirait assez fort pour vouloir re-cimenter sous son égide l’Alliance atlantique. « La Maison-Blanche sourit car elle veut nous remettre dans le rang et nous faire financer la reconstruction de l’Irak », disent en substance ceux des Européens qui ne voient pas de réelle évolution des Etats-Unis mais les présupposés de cette analyse sont très discutables. Succès des élections irakiennes ou pas, rien n’est résolu à Bagdad. L’Arabie saoudite est fragilisée. L’Iran, bien au contraire, n’est nullement affaibli. La Corée du Nord peut impunément défier l’Amérique et l’image des Etats-Unis dans le monde arabe reste catastrophique. Georges Bush a gagné une guerre mais il lui faut désormais en canaliser les effets et quand il fait dire par Donald Rumsfeld, à Munich, qu’une « nation ne peut pas combattre seule l’extrémisme », quand Condoleezza Rice explique que « la liberté ne peut pas être imposée » et qu’un « ordre du jour global demande un partenariat global », il y a toutes les raisons de les croire car l’Amérique, en effet, se sent très seule. Changement ou continuité, l’Amérique a besoin de l’Europe. Elle l’a compris. Ce changement est de taille. Il est même décisif et c’est Gerhard Schröder qui a su immédiatement répondre à cette proposition de « partenariat » en demandant à Georges Bush de vraiment contribuer à un accord diplomatique avec l’Iran et de refaire de l’Alliance atlantique un lieu de « discussion et de coordination » entre alliés. Le chancelier a raison. Il faut prendre la Maison-Blanche aux mots et lui poser nos conditions.

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