Le problème n’est pas seulement que le régime iranien n’ait rien de rassurant. Il est aussi qu’en admettant même - ce qui est loin d’être certain - que l’accession à l’arme atomique puisse responsabiliser le régime et qu’il ne veuille alors pas s’en servir à des fins agressives mais seulement dissuasives, la réalisation de ses ambitions nucléaires aurait un effet dominos immédiat. Parce que l’Iran, l’ancienne Perse, n’est pas la Turquie et, moins encore le monde arabe avec lequel il était déjà en rivalité quand Mahomet a unifié l’Arabie sous l’Islam, parce que ces trois composantes du monde musulman ne sont pas en meilleurs termes que l’ont longtemps été les puissances de la Chrétienté, ni la Turquie ni les grands pays arabes ne voudraient en rester aux armes conventionnelles si la République islamique passait au stade supérieur. Une course aux armements, à l’arme nucléaire, s’ouvrirait ainsi au Proche-Orient. Toute la région en serait déstabilisée et ce changement de donne international aurait bien vite raison de tous les efforts de limitation des armements atomiques déjà mis à mal par les bombes indienne et pakistanaise. L’enjeu est capital. C’est, peut-être, le XXI ième siècle qui s’esquisse là, et dans les plus mauvaises conditions possibles, mais il sera très difficile de dissuader l’Iran d’aller de l’avant car les Etats-Unis, embourbés en Irak, ne l’inquiètent pas plus que cela, qu’Israël n’a guère envie d’envenimer encore ses relations avec le monde musulman en allant bombarder les sites iraniens, qu’une telle opération serait, au demeurant, bien aléatoire car ces sites sont enterrés et dispersés et que l’Iran, enfin, surtout, veut la bombe. Il la veut parce que ses dirigeants la veulent pour assurer la pérennité de leur régime. Il la veut car il sait bien qu’un pays nucléaire a plus de poids que les autres sur la scène internationale. Il la veut d’autant plus qu’il regarde ses frontières et voit les Etats-Unis s’installer en Irak et en Afghanistan, solidement alliés à la Turquie, à l’Arabie saoudite et au Pakistan et qu’il n’a jamais été en bons termes avec la Russie, son grand voisin du Nord. L’Iran se vit comme encerclé et ce bastion du chiisme ne s’inquiète, de surcroît, pas moins que l’Occident de la montée de l’islamisme sunnite dans les pays arabes. Raison d’Etat, régime politique, rivalité avec le sunnisme et fenêtre d’opportunité, tout pousse l’Iran vers la bombe mais cette marche est-elle irrépressible ? Peut-être pas car toutes les grandes puissances, Europe, Etats-Unis, Chine et Russie, sont maintenant convenues de saisir le Conseil de sécurité du problème, d’agiter, donc, la menace de sanctions économiques contre Téhéran, et que cette unanimité des Grands inquiète et divise la classe dirigeante iranienne, déjà minée par ses débats internes sur l’avenir du pays, les moyens de son décollage économique et l’aspiration de la population à plus de libertés. Le débat faire rage à Téhéran. Le conflit devient presque ouvert mais seules des garanties de sécurité internationales pourraient vraiment arrêter la marche nucléaire des mollahs et elles ne seraient pas plus faciles à définir qu’à donner.

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