Ce n'est plus du tout la même musique. Comme envoyé spécial de la Repubblica, j'étais reçu, hier, à Téhéran par le conseiller diplomatique du Guide, du premier personnage de l'Iran, du véritable maître du pays. Un conseiller du Guide ne parle bien sûr pas sans l'aval de son patron et que dit cet homme, Ali Akbar Velayati, dans l'interview que Le Temps et Libération publient également, ce matin ? Il dit, d'abord, que le mot de « suspension » n'est pas tabou et que Téhéran est prêt à discuter avec le directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique, Mohammed El Baradei, de son idée d'une suspension parallèle des sanctions du Conseil de sécurité et des opérations iraniennes d'enrichissement de l'uranium. C'est ce que le directeur de l'Agence avait appelé une « pause », à instaurer pour voir si un compromis était possible sur le programme nucléaire iranien avant que les sanctions internationales ne se durcissent et qu'on entre dans un engrenage de crise, de crise militaire peut-être. Attention ! Ali Akbar Velayati ne va pas jusqu'à dire « banco ! ». Il veut que l'offre se précise mais, à sa façon de dire : « Les portes sont grand ouvertes à une négociation avec M. El Baradei. Il n'y a aucune limitation », on sent bien que l'idée accroche à Téhéran et que la Raison y marque des points. Un changement de ton ne suffit pas à garantir un compromis mais ce tournant est d'autant plus frappant qu'il ne concerne pas que le nucléaire. Israël rayé de la carte ? Non, non, répond Ali Akbar Velayati en expliquant que la seule position de l'Iran est celle exprimée par le Guide, donc pas celle du Président de la République, Mahmoud Ahmadinejad, et que pour le Guide, c'est un vote des musulmans, des juifs et des chrétiens, autrement dit des Israéliens et des Palestiniens, qui doit trancher de l'avenir de la terre qu'ils se disputent. Ce n'est plus la même chose. La différence est grande et elle est plus nette encore sur l'Holocauste dont Mahmoud Ahmadinejad nie la réalité mais que le conseiller du Guide qualifie, lui, de « génocide », rappelant seulement qu'il a été perpétré par des « Européens, les nazis et que ce massacre avait été préparé par toutes les persécutions européennes des siècles précédents, à commencer par celles qu'avait organisées l'Espagne ». Le génocide est donc une réalité historique ? « Oui », répond-il en ajoutant, « mais nous n'acceptons pas que cette réalité soit utilisée pour justifier l'oppression des Palestiniens ». Que s'est-il passé ? Il se passe que Mahmoud Ahmadinejad est allé trop loin aux yeux du régime et de son Guide, que des partisans sont, maintenant, victimes d’attentats, qu'il perd toute popularité, qu'on lui enlève les dossiers les plus explosifs, que les réalistes reprennent la main.

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