Trois questions se posent après le retrait d’Hosni Moubarak. La première est de savoir ce que voudra faire l’armée. Avec ses 400 000 hommes, elle est la seule force organisée du pays et, en même temps, une puissance économique riche de sa présence dans l’industrie de défense mais aussi la construction, le ciment, l’hôtellerie ou les eaux minérales. L’armée égyptienne incarne, surtout, un pouvoir politique dont tout procède en Egypte puisqu’elle y détient les leviers de commande depuis qu’elle a renversé la monarchie en 1952, que tous les présidents qui se sont succédés depuis sortaient de ses rangs, que c’est à elle que le président démissionnaire a remis tous ses pouvoirs vendredi et qu’elle a su préserver sa popularité en ne prêtant pas la main à la répression des manifestations populaires. L’armée est plus que jamais incontournable mais voudra-t-elle préserver son pouvoir et ses intérêts ou réellement, comme elle le dit aujourd’hui, conduire le pays à une démocratisation en organisant des élections avant de se retirer dans ses casernes et de laisser la place à un gouvernement civil issu des urnes ? A priori, aucune institution n’abandonne gracieusement ses prérogatives. A priori, l’armée devrait tenter de rester aux commandes au prix de concessions limitées et cela d’autant plus que ses plus haut gradés sont des conservateurs, autoritaires et ayant tout fait, jusqu’à la dernière minute, pour essayer d’éviter la rupture introduite par le retrait d’Hosni Moubarak. L’armée est tout, sauf naturellement encline à la démocratie mais, outre qu’il n’est pas exclu que de jeunes officiers veuillent maintenant mettre les vieux généraux sur la touche, les Etats-Unis pèseront de tout leur poids en faveur de la fin du régime militaire car ils considèrent, et l’ont montré, qu’ils ont intérêt au triomphe d’une révolution démocratique qui ne leur est nullement hostile. L’armée a donné des gages à Washington en s’engageant à ne pas revenir sur les accords de paix avec Israël mais cela ne suffira pas aux Américains qui disposent de moyens de pression sur l’état-major avec l’aide annuelle d’un milliard trois cents millions de dollars qu’ils lui dispensent. Au bout du compte, tout dépendra de la capacité qu’aura l’opposition à rester mobilisée et à former une coalition crédible. C’est la deuxième question et elle est tout aussi ouverte car, les millions de manifestants descendus dans la rue n’avaient pas d’autre programme que la liberté, la démission d’Hosni Moubarak et la levée de l’état de siège. La jeune génération qui a fait plier ce régime doit très vite s’organiser, se trouver des leaders, s’unir derrière une figure de proue et, bien plus difficile encore, formuler des propositions économiques et sociales susceptibles de lui assurer un soutien politique majoritaire. Quant à la troisième question qui pèsera sur l’avenir de l’Egypte, elle est de savoir si la contagion démocratique se poursuivra ou non au Proche-Orient. Si la réponse est oui, les généraux égyptiens seront incités à ne pas essayer de s’accrocher au pouvoir. Dans le cas contraire, ils seront fortement tentés de le faire.

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