Le contraste était absolument saisissant. Au moment même où les Grecs, et toute l’Europe avec eux, constataient l’ampleur des dégâts causés, la veille, par leurs manifestations de colère contre l’austérité, Barack Obama présentait hier un projet de budget pour 2013 fondé sur d’importantes mesures de relance et un alourdissement de l’imposition des hauts revenus.

Candidat à sa propre succession, en novembre prochain, le président américain a proposé de débloquer 350 milliards de dollars pour des programmes de création d’emplois et 476 autres milliards pour des investissements dans des travaux de construction d’établissements scolaires et d’amélioration des réseaux routiers et ferroviaires. Il souhaite également augmenter les effectifs de la fonction publique dans les secteurs de l’éducation, de la police et de la protection civile et entend, parallèlement, relever la fiscalité des dividendes au niveau de la plus haute tranche d’imposition qui passera de 35% à 40% l’année prochaine et désormais taxer à un minimum de 30% les personne gagnant plus d’un million par an.

Barack Obama veut, autrement dit, faire la chasse aux niches fiscales et alourdir l’imposition des revenus financiers tandis qu’il investira dans la croissance. Il veut faire campagne sur la redistribution par l’impôt et la relance économique – faire, en un mot, le contraire de ce qui se fait aujourd’hui en Europe alors même que les l’endettement et les déficits publics sont tout aussi abyssaux aux Etats-Unis que dans l’Union européenne.

Ces propositions ont été immédiatement rejetées par les Républicains aux yeux desquels ces augmentations d’impôt sur les plus fortunés tueront la croissance en décourageant l’investissement privé pendant que ces nouveaux investissements publics contrarieront l’objectif de réduction des déficits et de la dette. Les arguments qui s’opposent là sont connus.

C’est l’éternel débat entre droite et gauche, entre adversaires et partisans du rôle économique de l’Etat, entre pourfendeurs et avocats de la redistribution fiscale, entre ceux qui défendent le rééquilibrage des comptes public par la baisse des dépenses et ceux qui veulent y parvenir par des politiques volontaristes de relance de la machine économique.

Ce débat est si clair que c’est aux électeurs de le trancher en Europe comme en Amérique, mais ce qu’est venu dire, hier, le projet de budget de la Maison-Blanche et qu’il est faux qu’il n’y ait aujourd’hui qu’une seule solution pour l’Europe. Que l’on préfère l’une à l’autre ou l’inverse, il y en a deux, comme en Amérique, l’une de gauche et l’autre de droite, l’une républicaine et l’autre démocrate, l’une libérale et l’autre social-démocrate.

C’est la première certitude et l’autre est que, bonne ou mauvaise, la politique menée par les droites européennes, aujourd’hui très majoritaires au Conseil européen, est en train de rendre l’Union européenne tellement impopulaire qu’elle met en danger l’idée même de l’unité européenne. Absurde ou nécessaire, c’est comme on voudra, cette politique de rigueur met, en ce sens, en tout cas, toute l’Europe en danger.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.