C’est exactement l’inverse de ce qui se fait en Europe. Alors que les majorités conservatrices dominant aujourd’hui l’Union européenne y imposent des politiques d’austérité afin d’augmenter la compétitivité et de rétablir les comptes publics, Barack Obama souhaite, lui, augmenter les salaires et l’investissement afin de réduire le chômage et de redonner du pouvoir d’achat aux classes moyennes dont dépend, à ses yeux, la prospérité nationale.

Dans son discours de mardi sur l’état de l’Union, le président américain a ainsi proposé de relever le salaire horaire minimum de 7,25 dollars à 9 dollars sur trois ans et d’en indexer le montant sur le taux d’inflation. Politiquement parlant, c’est une main tendue aux plus démunis mais, en termes économiques, c’est de la relance par la consommation et Barack Obama ne s’est pas arrêté là.

Au plus grand effroi des Républicains, il a également souhaité que les Etats-Unis investissent 50 milliards de dollars dans leurs infrastructures, 15 milliards dans la réfection de l’habitat et un milliard dans la création d’instituts de recherche industrielle et qu’ils conduisent, parallèlement, des politiques volontaristes dans les domaines de l’éducation, de l’énergie et de la fiscalité. Il voudrait développer l’enseignement pré-scolaire, les maternelles dirait-on en France, et les matières scientifiques dans le secondaire ; inciter au développement des énergies renouvelables, des économies d’énergie et des véhicules électriques ; abaisser l’impôt sur les entreprises, pérenniser les crédits d’impôts recherche et instaurer, dans le même temps, une taxe sur les revenus déclarés dans les paradis fiscaux afin d’inciter au rapatriement des capitaux qui s’y domicilient pour fuir l’imposition.

Cela s’appellerait, en Europe, une politique social-démocrate. C’est la réhabilitation de Keynes après trente années de retrait de l’Etat mais, alors que de ce côté-ci de l’Atlantique, c’est le Parlement européen qui rejette les politiques de désengagement budgétaire menées par les gouvernements conservateurs, c’est le Congrès, majoritairement républicain, qui rejette, aux Etats-Unis, l’effort de relance budgétaire prôné par l’exécutif démocrate. L’Europe et l’Amérique sont à fronts renversés mais, compte tenu de l’opposition de la Chambre et du Sénat, que peut faire Barack Obama ?

La réponse tient en un mot : de la politique. Par ce discours de mardi, le président américain n’a rien fait d’autre qu’en appeler aux électeurs qui l’avaient réélu en novembre sur ce même programme de relance et de justice fiscale. Barack Obama joue l’opinion publique contre les Républicains qui sont sortis divisés de leur défaite au scrutin présidentiel. Il tente d’envenimer la bataille désormais ouverte entre le centre-droit et la droite de la droite et de remporter ainsi les élections parlementaires de 2014.

C’est la redéfinition de la scène politique américaine que joue ce président et, en attendant, il pousse les feux contre les Républicains en mettant l’accent sur la réglementation des ventes d’armes à feu, une cause devenue populaire, et la régularisation des sans-papiers, cause chère aux électeurs d’origine latino-américaine que les Républicains regrettent amèrement de s’être aliéné.

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