Vladimir Poutine et Abdel Fattah Al-Sisi
Vladimir Poutine et Abdel Fattah Al-Sisi © Reuters
**Un dictateur en recevait un autre et lui apportait son soutien. Le nouvel homme fort de l’Égypte, le maréchal Abdel Fatah al-Sissi, était reçu hier au Kremlin où Vladimir Poutine lui a déclaré : « Je sais que vous avez pris la décision de présenter votre candidature à la présidentielle. C’est une décision très responsable que de s’investir d’une mission pour le peuple égyptien. Je vous souhaite de réussir (car) la stabilité de tout le Proche-orient dépend largement de la stabilité en Égypte ».** C’était clair. C’était net. Le maréchal vient d’être investi par le président russe avant même d’avoir officiellement déclaré sa candidature devant les citoyens égyptiens mais pourquoi Vladimir Poutine a-t-il aussi spectaculairement contrevenu aux usages diplomatiques qui interdisent à un pays de s’immiscer dans les élections d’un autre ? La première raison en est toute personnelle. Formé à l’école du KGB, le président russe a une vision policière de l’histoire et a toujours considéré que les révolutions arabes n’étaient que le fruit d’une manipulation de la CIA, d’une volonté des Etats-Unis de remplacer des dictateurs en bout de course par des hommes neufs qui ne devraient leur pouvoir qu’à Washington. Non seulement il n’a jamais cru à l’authenticité de ces révolutions mais il a toujours été persuadé qu’il était le prochain sur la liste de la CIA, qu’après les dictateurs arabes viendrait son tour et que la preuve en était les manifestations de masse auxquelles sa propre candidature s’était heurtée en 2012. A ses yeux, tout cela n’était que complot américain et c’est ainsi là qu’est la raison profonde de son indéfectible soutien au chef du régime syrien, Bachar al-Assad, qu’il ne veut pas voir à son tour renverser par son peuple de peur que cela ne donne des idées aux Russes. D’où cette totale empathie de Vladimir Poutine à l’égard de ce militaire égyptien qui a déposé le 3 juillet dernier le premier civil élu à la présidence égyptienne à l’issue d’un scrutin libre, l’islamiste Mohamed Morsi aujourd’hui derrière les barreaux. Le maréchal al-Sissi est un homme comme Vladimir Poutine les aime, un homme à poigne qui n’hésite pas à faire arrêter les Frères musulmans mais aussi les jeunes démocrates qui avaient renversé Hosni Moubarak il y a trois ans. C’est une sainte alliance entre régimes répressifs qui a été scellée hier à Moscou mais, au-delà de cette solidarité de dictateurs, ces embrassades relevaient aussi de la Raison d’État car le maréchal al-Sissi n’est en odeur de sainteté d’aucun côté de l’Atlantique. Américains et Européens lui reprochent d’avoir déposé un prédisent élu, de fouler aux pieds toutes les libertés et d’embastiller tous ses opposants, islamistes ou pas. Washington a été jusqu’à geler une partie de son aide militaire à Égypte et la Russie a donc une place à reprendre au Caire en offrant à Abdel Fatah al-Sissi son soutien politique et toutes les armes, surtout, qu’il souhaite lui acheter pour signifier aux États-Unis qu’il peut se passer d’eux. A Damas comme au Caire, la Russie reprend pied dans le monde arabe et le fait en aidant à y étouffer ses révolutions.
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