A l'image de son propre parti, le président français voudrait former un nouveau groupe politique au Parlement européen

Il le souhaitait, c’était clair, mais c’est maintenant dit. S’adressant hier aux journalistes de la presse présidentielle, Emmanuel Macron a estimé que l’Union européenne « gagnerait à une recomposition politique » tant sont grandes les incohérences des deux principales forces paneuropéennes, le Parti populaire européen à droite et le Parti socialiste européen à gauche.

         Ces incohérences ne sont en effet plus à prouver en France puisque c’est ensemble que des pans entiers de la droite et de la gauche ont porté Emmanuel Macron au pouvoir. Elles sont devenues patentes en Allemagne où l’aile libérale de la démocratie-chrétienne trouve qu’Angela Merkel a fait trop de concessions aux sociaux-démocrates dans la négociation du programme de gouvernement tandis que la gauche du SPD refuse d’entrer dans une nouvelle coalition avec la chancelière et pourrait bloquer ce projet lors d’un référendum interne.

         C’est en fait vrai dans tous les pays de l’Union où la convergence de la droite de la gauche et de la gauche de la droite dans un centrisme européen, social et attrape-tout est une incontournable réalité. En Europe, les échiquiers politiques en sont venus à mentir car ils ne reflètent toujours pas les réalités d’une nouvelle époque ouverte par l’écroulement soviétique, la mondialisation de l’économie et la renaissance d’extrêmes-droites nationalistes.

Trente ans bientôt après la dissolution de l’URSS, à l’heure de Trump et de la fin des tabous sexuels, l’anticommunisme, l’atlantisme et le conservatisme social ne sont forcément plus les marqueurs d'antan. C’est autour du libre-échange et du protectionnisme, du rapport à l’islam et à la Russie, du souverainisme et de l’ambition de former une Europe politique au sein de l’Union que de nouveaux courants émergent ou, déjà, s’organisent. Parce que le monde a changé, le paysage politique tend à le faire et tant que les partis continueront de plonger leurs racines dans un passé révolu, les élections et la vie démocratique sonneront faux.

C’est ce que se dit Emmanuel Macron mais la situation que la France a vécue au printemps dernier, cette réduction de l’offre politique à l’extrême-droite ou au rassemblement des modérés, n’est pas celle de toute l’Europe. Partout, en revanche, les appareils résistent à un changement qui les balaierait et il n’y a pas partout de figures assez fortes pour incarner l’aggiornamento et le faire triompher dans les urnes.

Rien ne peut donc se faire d’un coup mais au Parlement européen en revanche, on pourrait poser un premier jalon, dès les élections de l’année prochaine, en réunissant dans un seul et même groupe des centristes, des Verts, des modérés venus de la droite et de la gauche et les élus français d’En Marche. On n’y est pas mais cela n’est pas injouable et c’est ce qu’Emmanuel Macron voudrait tenter.

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