Les négociations entre les Talibans afghans et les Américains ont repris à Doha. Que faut-il en attendre ?

Géopolitique 13-02

Les pourparlers ont repris entre les Etats-Unis et les Talibans et lorsqu'on prend, comme nous allons le faire, un peu de recul, tout semble invraisemblable dans ces négociations de paix qui ont pour but d'en finir avec la présence américaine en Afghanistan qui, je le rappelle, dure depuis presque 20 ans.

L'Afghanistan est – de loin – la plus longue guerre étasunienne. Une des plus coûteuse : le New York Times parle de 2 000 milliards de dollars ! Une des plus sanglantes enfin : 2 500 Américains y ont trouvé la mort et plus de 20 000 en sont revenus blessés.

Sans parler évidemment des 38 000 civils afghans qui ont péri sous les bombes talibanes ou de la coalition. Il reste encore 12 000 soldats américains sur place et Donald Trump rêve de les ramener à la maison en bon ordre et dans l'honneur.

Dans ce cas, il n'y a qu'une chose à faire : négocier. Et comme l'on ne négocie pas avec ses amis, mais avec ses ennemis, il est logique que les Talibans se retrouvent à la table des négociations. Mais ce qui rendent ces discussions si invraisemblables est ailleurs :

D'une part, les Américains négocient en tête à tête avec les Talibans et prenant à peine soin d'informer le gouvernement afghan du président Ghani. D'autre part, il y a Donald Trump qui ne peut s'empêcher de penser à la photo du « deal » qu'il rêve de conclure.

Avant d'interrompre en septembre ces mêmes négociations, parce que les Talibans avaient tué un soldat américain dans une attaque qui, par ailleurs, avait causé la mort de dizaines de civils afghans, Trump leur avait promis Camp David ! Carrément !

Par ailleurs, ces négociations n'ont pas lieu au Pakistan, allié des Etats-Unis et parrain des talibans, mais à Doha, au Qatar. Ce qui, au passage, est un pied de nez à l'Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis qui voudraient isoler l'Emirat du reste du monde.

Une chance de succès qui signifie retour au pouvoir

Oui, ces négociations ont une change de succès et ce pour deux raisons : le « ticket est très faible » et les intérêts convergents. Par « ticket d'entrée », j'entends ce que les Américains veulent pour entrer dans le vif du sujet. Selon tous les témoignages, ils exigent 7 à 10 jours sans attentats ni attaques.

En termes militaires, pour les Talibans, c'est presque gratuit ! Quant aux intérêts convergents, ils sont évidents : Américains et Talibans veulent que les troupes étasuniennes quittent le pays et, les deux, ont même désormais un ennemi commun :

L'Etat islamique dont la branche afghane fait de plus en plus parler d'elle et que, Talibans comme Américains, tout le monde voudrait défaire une bonne fois pour toute. Donc, sur ces bases un accord devrait être assez rapidement conclu.

La vraie question est : est-ce les Afghans en général et le gouvernement de Kaboul en particulier, sortiront gagnants de cette négociation ? Je peux déjà vous dire que non : les Talibans contrôlent, en peau de léopard, une bonne moitié du pays.

En plus, ils sont financés par le Pakistan et par la production d'héroïne : 80% de l'héroïne mondiale provient des montagnes afghanes. Donc, les Américains partis, les Talibans récupéreront le pouvoir en quelques mois. Et on sait d'avance ce que cela signifie..

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