L’apparence est trompeuse. Dans cette crise irakienne, dans le débat sur la guerre, l’Europe paraît plus désunie que jamais mais elle est, en réalité, beaucoup plus unie qu’on ne le voit. Drapé dans le pacifisme allemand, Gerhard Schröder martèle que son pays ne participera pas à cette guerre même si l’Onu l’autorisait. Brandissant, lui, les Nations-Unies et le respect du multilatéralisme pour tenir tête aux Etats-Unis, Jacques Chirac sous-entend, pour sa part, que si l’Onu décidait d’un recours à la force, la France y associerait ses armées. L’Allemagne et la France n’ont pas la même position mais elles semblent presque sur la même ligne au regard du Royaume-Uni. Pour ce qui est de Tony Blair, il colle en effet tant aux Américains qu’une armada britannique vogue déjà vers le Golfe. Pour le Premier ministre, l’intervention est justifiée. Il dit même en avoir la preuve. Tony Blair est plus américain que les Américains, « le toutou de Bush », dit-on à Londres. Il l’est en effet en paroles mais, en août dernier, quand la Maison-Blanche s’apprêtait à ignorer l’Onu et à partir seule en guerre, qui l’en a dissuadée ? C’est Tony Blair. C’est lui qui est allé voir Georges Bush pour lui dire, en tête-à-tête, qu’il ne pouvait pas s’asseoir sur la légalité internationale et que s’il allait plaider son dossier devant les Nations-Unies, il y obtiendrait le soutien international lui permettant de mettre Saddam à genoux. Le Président américain s’est laissé convaincre mais il n’avait pas mis le doigt dans les négociations avec l’Onu qu’il s’est trouvé devant la France, forte de son droit de veto au Conseil de sécurité. La France a refusé de voter le projet de résolution préparé par les Américains. Elle a mobilisé la Chine, la Russie, le Mexique, bien d’autres pays encore, et les Américains ont du finir par accepter une résolution qui leur liait les mains, qui ne les autorise pas à faire ce qu’ils veulent sauf à rompre, bien sûr, avec l’Onu. Chacune à sa façon, les trois puissance européennes ont ainsi fait triompher ce qui était la position commune de l’Europe : rien sans l’Onu. Or que se passe-t-il aujourd’hui ? L’Allemagne explique que rien, à ce stade, ne justifierait une intervention puisque les inspecteurs n’ont pas trouvé de preuve contre l’Irak. La France appelle Saddam à collaborer « activement » avec l’Onu. Elle appelle, autrement dit, à donner du temps au temps. Quant à Tony Blair, tout en mobilisant sa flotte, il s’apprête à aller revoir Georges Bush pour lui dire cette fois-ci, en toute amitié, avec tout le crédit dont ce fidèle allié bénéficie à Washington, qu’il faut se hâter lentement, ne pas brusquer les choses – bref, laisser les inspecteurs inspecter comme toutes les capitales européennes le disent. Il n’est pas certain qu’il soit entendu mais s’il l’était, la guerre serait alors repoussée à l’automne prochain, raisons climatiques, et l’Irak si bien passé au peigne fin qu’il n’y aurait plus grand motif à lancer des troupes sur Bagdad. On serait, qui plus est, à la veille de la campagne présidentielle américaine, pas exactement le bon moment pour envoyer des boys se faire tuer sans qu’on ne sache plus très bien pourquoi. Il ne faut pas se fier aux apparences.

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