Il est le seul. De tous les candidats à l’investiture démocrate (il n’y en a pas moins de neuf), Howard Dean, ancien gouverneur du Vermont et médecin de profession, est le seul à s’être constamment opposé à l’intervention des Etats-Unis en Irak. C’est sur le refus de cette opération qu’il a mobilisé ses premiers partisans, bâti ses réseaux de soutien et s’est vite propulsé dans les sondages, à la surprise de la presse et de l’appareil démocrate qui n’imaginaient pas qu’un homme si peu connu puisse distancer des rivaux autrement plus célèbres. On verra, lundi prochain dans l’Iowa, le 27 janvier dans le New Hampshire puis le 3 février dans cinq Etats de toutes les régions du pays, si la première rafale des primaires confirme cette avance mais, si c’était bien le cas, le succès d’Howard Dean ébranlerait la théorie politique à la mode dans les démocraties occidentales, celle de la « triangulation ». Imaginée par Tony Blair qui s’en était servi pour parvenir au pouvoir, très utilisée par Bill Clinton et maintenant prônée par tous les conseillers en communication, la triangulation consiste, pour un homme politique, à faire campagne sur l’un ou plusieurs thèmes de ses adversaires. Cela surprend, intéresse, vous donne l’image d’un esprit libre, débarrassé des dogmes de son courant de pensée. Cela force les partis et les journaux de l’autre camp à vous rendre hommage et à vous promouvoir. Cela séduit, surtout, les centristes et les hésitants et, mieux que tout, vous permet même, parfois, de défendre de vraies convictions mais sans peur, au contraire, d’y perdre des plumes. Cette triangulation - dont la France compte des virtuoses - a fait ses preuves mais elle a un défaut. A force d’entendre tout le monde dire la même chose, la gauche devenir la droite et l’inverse, beaucoup d’électeurs se lassent, choisissent l’abstention ou vont grossir, à gauche comme à droite, les rangs des extrêmes. La triangulation a ses limites et c’est peut-être, on va voir, ce que vont éprouver les rivaux démocrates d’Howard Dean qui avaient, eux, choisi de soutenir la montée en guerre de la Maison-Blanche. Eux s’étaient dit que le climat psychologique créé par les attentats du 11 septembre ne leur permettait pas de s’opposer à une opération présentée comme antiterroriste, qu’ils y risqueraient de passer pour antipatriotes, qu’il fallait donc épouser le mouvement, agiter le drapeau, et voir ensuite. Résultat, ils ont aujourd’hui du mal à mobiliser ceux des Américains que tout révulse chez Georges Bush, cette base leur manque et l’on peut se demander si la bonne vieille méthode de campagne, celle qu’a choisie Howard Dean et qui consiste à commencer par faire le plein des voix de son camp avant de lancer des signaux d’ouverture vers le centre n’est finalement pas non seulement la plus saine mais aussi la meilleure. Réponse américaine dans quelques semaines. Elle sera très commentée dans tous les partis du monde mais si la stratégie d’Howard Dean l’emporte ce sera aussi le signe d’une profonde polarisation des Etats-Unis, d’un resserrement des rangs démocrates face à un parti républicain qui n’a sans doute jamais été aussi radicalement à droite, dans tous les domaines.

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