C’était, hier, le sujet - manchettes, débats, furie - des journaux brésiliens. « Antiaméricanisme puéril », disait les uns. « Grave menace pour notre diplomatie », disaient les autres et ces deux thèmes se mêlaient souvent dans les articles suscités par la décision du ministère des Affaires étrangères brésilien de ne plus exiger des candidats à la carrière diplomatique qu’ils maîtrisent l’anglais. Le premier reproche n’est pas infondé. Aux commandes politiques, la gauche brésilienne a évidemment voulu dire par là que l’Amérique latine et sa première puissance n’étaient plus l’arrière-cour des Etats-Unis mais un continent en pleine ascension, aspirant à son émancipation politique. C’était également une manière dire que la représentation internationale du pays n’était plus le domaine réservé des classes dirigeantes dont l’aisance en anglais est l’une des marques de reconnaissance. La diplomatie brésilienne, en revanche n’en est pas menacée. Ca ne l’empêchera pas de parler anglais. La France, au demeurant, eu tout récemment deux ministres des Affaires étrangères, pas les moins bons, qui ne savaient que sourire dans cette langue impérialiste mais, pour compréhensible, voire plaisant, que soit ce geste, il relève du simple déni de réalité. On peut sévèrement juger un Président américain. On a, bien sûr, le droit d’être assez sot pour détester en bloc les Etats-Unis. On ne peut, en revanche, pas nier que l’anglais, celui d’Oxford ou de Calcutta, de Dallas ou de Pretoria, soit aujourd’hui, et de loin, la première des langues véhiculaires, celle qui se parle ou se baragouine sous toutes les latitudes, celle sur laquelle se sont jetées les jeunes générations de l’ancienne Europe communiste, celle que la croissance économique chinoise répand inexorablement dans le pays le plus peuplé de la planète, qu’on parle dans toute l’Inde, dans toutes les conférences internationales et, last but not least, dans tous les aéroports. On peut le déplorer. La France en pleure même des larmes de sang car l’anglais a détrôné sa langue comme le français, le latin et le latin, le grec, mais c’est ainsi. La France n’avait qu’à pas vendre la Louisiane, à ne pas être assez riche pour ne pas envoyer d’émigrés en Amérique, à ouvrir plus d’écoles et d’universités dans son ancien empire colonial. Bref, si l’histoire avait été autre, l’anglais n’aurait pas pris la place du français mais l’histoire est l’histoire et l’anglais la langue vernaculaire du village mondial. Ni la rage française ni les pieds de nez brésiliens n’y changeront rien. Si l’on veut briser le monopole de l’anglais, si la France que cela obsède justement veut réaliser ce rêve que caressent tant de ses dirigeants, elle doit commencer par admettre que le français ne peut devenir, au mieux, que la seconde langue du monde, prendre la tête du mouvement de création d’universités européennes, apprendre l’anglais pour mieux se projeter au-delà de ses frontières, avoir une recherche plus en pointe, une presse moins en crise, une littérature de plus de souffle - se dépasser jusqu’à redevenir indispensable. Elle éviterait ainsi bien des puérilités brésiliennes.

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