D’ordinaire, cela ne se dit pas, ou peu, mais L’Orient-Le Jour le disait hier. Dans un éditorial qu’on trouve sur son site, le grand quotidien libanais explique, noir sur blanc, que l’abomination de Gaza ne ressort plus du conflit israélo-arabe, plus même du conflit israélo-palestinien, mais d’un affrontement régional entre « deux projets géostratégiques ». D’un coté, dit-il en substance, ceux qui veulent chercher la paix avec Israël et se rapprocher des Occidentaux et, de l’autre, le projet de « la confrontation globale et ouverte… sans horizons », celui de « l’axe syro-iranien avec ses deux principaux instruments, le Hamas et le Hezbollah, qui ne perçoit le monde que sous l’angle d’un bras de fer, militaire avec Israël ou politique avec la plupart des pays arabes et le monde occidental, Etats-Unis en tête ». En un mot comme en cent, comprend-on, c’est les islamistes et les autres et L’Orient-Le Jour en veut pour illustration deux citations, l’une de Mahmoud Abbas, le président palestinien qui tente, envers et contre tout, de parvenir à un règlement avec Israël, l’autre d’Ismaïl Haniyeh, leader du Hamas à Gaza où il est toujours considéré comme Premier ministre, malgré sa rupture avec l’Autorité palestinienne. « La résistance n’est pas une fin en soi, dit le premier. Si elle devait aboutir à l’annihilation du peuple palestinien, nous n’en voulons pas ». « Même si Israël annihile Gaza, nous ne céderons pas, dit le second. De nouveaux martyrs et blessés pourront tomber. Le nombre d’orphelins et de mères éplorées augmentera, mais Gaza ne tombera pas ». D’un côté, donc, la confrontation armée, contre l’Occident, Israël et les régimes arabes ; de l’autre, dit L’Orient-Le Jour , une « culture de paix ». Ce tableau est trop simple puisque les dirigeants arabes ne sont pas exactement des humanistes et que ce n’est pas précisément une « culture de paix » qu’Israël développe, aujourd’hui, à Gaza mais, sur le fond, cet éditorial dit vrai. La première des lignes de fracture au Proche-Orient sépare désormais la quasi-totalité des régimes arabes et Israël, d'un côté ; de l’autre, l’Iran et les islamistes. Cela ne signifie pas que ces deux ensembles soient homogènes. Le parlementarisme israélien n’est ni la monarchie saoudienne ni la présidence à vie et, bientôt, héréditaire de l’Egypte. Les islamistes chiites ne sont pas les islamistes sunnites ; les Frères musulmans et al Qaëda, tous deux sunnites, sont très profondément différents ; les intérêts à long terme de l’Iran ne sont pas forcément ceux de ses alliés palestiniens et libanais. Les différences, de part et d’autre, sont telles qu’il vaut mieux parler de grandes convergences, sans doute pas éternelles, que de vrais camps mais, pourtant, oui, il y a deux alliances face à face, l’une fondée sur le rejet de l’Occident et le désir de lui opposer une unité de l’Islam, l’autre sur la volonté de résister ensemble à cette instrumentalisation politique de la religion. Les réseaux islamistes collaborent aussi intensément, d’un côté, que les services secrets et les diplomaties de l’autre. Il n’est pas exagéré dire que c’est, avant tout, cette guerre-là qui se mène à Gaza.

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