C’est l’histoire d’une accélération, soudaine et décisive. Depuis de longs mois déjà, les pays africains, la France et l’ensemble des grandes puissances, Russie comprise, s’apprêtaient à agir contres les groupes djihadistes qui avaient pris le contrôle du Nord Mali.

Cela prenait du temps parce que l’idée était de faire intervenir une force africaine qui restait à former et que l’Algérie voulait tenter une médiation de la dernière chance. A bien des égards, les choses traînaient alors même que ces groupes martyrisaient les populations locales mais une résolution du Conseil de sécurité avait autorisé, en décembre dernier, le recours à la force après épuisement des possibilités de négociations. Sous quelques mois au plus, l’Afrique allait intervenir au Nord Mali avec le soutien logistique des forces françaises et c’est pour parer cette menace que les djihadistes ont tenté le tout pour le tout en lançant deux colonnes armées contre Bamako, la capitale, que les forces maliennes n’auraient sans doute pas été capables de défendre seules.

Dès mercredi, c’était l’alerte rouge car, une fois Bamako tombée, il aurait fallu des combats de rue pour la libérer. Le président malien a appelé la France à la rescousse. François Hollande n’a pas hésité une seconde car c’est toute la région qui risquait d’être déstabilisée. Le Conseil de sécurité a donné jeudi soir une feu vert à une intervention puisque les djihadistes avaient chois la guerre et c’est comme cela que la France s’est retrouvée en première ligne, pilonnant des combattants qui s’étaient eux-mêmes mis à découvert en pensant que le monde et le président français ne réagiraient pas assez vite pour arrêter leur coup de force.

Leurs pertes sont importantes. Ils refluent sous les bombes. Leurs bases arrières sont systématiquement visées depuis hier matin. Ils ont joué et perdu car leur débâcle va maintenant accélérer et faciliter l’intervention de troupes africaines au sol. Le Nord Mali n’est pas déjà débarrassé de ces fanatiques – ce n’est pas si simple – mais la détermination avec laquelle la France a relevé leur défi vient de leur porter un très rude coup et bien des choses en sont changées.

Sur le terrain, les dissensions entre ces groupes vont en être accentuées car les Touaregs qui s’étaient rapprochés des djihadistes dans le seul but de promouvoir leur lutte pour un Etat indépendant n’ont, en fait, rien de commun ni avec Aqmi, Al Qaëda au Maghreb islamique, organisation formée par les islamistes algériens repoussés dans le Sahel après avoir perdu la partie dans leur pays ni avec les débris de la garde touareg que s’était constitué le colonel Kadhafi et qui avait reflué vers le Mali après sa chute.

Cette alliance de circonstance est désormais compromise et, deuxième changement, ce sont les vrais problèmes du Mali qui vont bientôt se poser, ceux de la misère et de la cohésion nationale d’un Etat dont les frontières ont été dessinées par la colonisation. Comme la question kurde au Proche-Orient, la question touareg va se reposer au Sahel et, troisième changement, la France vient de se réaffirmer en puissance qui compte en Afrique et dans le monde tandis que l’image, nationale et internationale de son président en était modifiée. En France comme en Europe, ce changement n’est pas le moins important.

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