Les crises démocratiques simultanées dans ces trois pays ont des causes différentes et dans des contextes différents, mais résonnent avec la fin de la domination occidentale du monde.

« Macron démission ou révolution » : slogan d’une manifestante gilet jaune, le 12 janvier à Perpignan.
« Macron démission ou révolution » : slogan d’une manifestante gilet jaune, le 12 janvier à Perpignan. © AFP / RAYMOND ROIG / AFP

Les États-Unis, le Royaume Uni, et la France sont de vieilles démocraties, membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies, tous trois plongés dans des crises internes qui affectent leur influence dans le monde. Tous les trois vivent cette semaine un moment décisif, qui aura des conséquences durables, y compris géopolitiques.

Ces crises ont des origines et des modalités différentes, mais partagent néanmoins des traits communs : une extrême polarisation, une vie politique dans laquelle on ne cherche plus le compromis mais la victoire par KO, un débat public de plus en plus violent, des réseaux sociaux transformés en champs de bataille, et des médias contestés.

Donald Trump, Theresa May et Emmanuel Macron n’ont, a priori, pas grand-chose en commun, mais ils sont tous trois confrontés à une fatigue démocratique telle qu’il faut se demander si nous ne sommes pas arrivés au bout d’un cycle politique dans le monde occidental, puisque c’est de lui qu’il s’agit.

Les trois situations sont évidemment très différentes. Rien de commun entre Donald Trump pris entre le « shutdown » du gouvernement fédéral et la tempête sur ses liens avec la Russie ; Theresa May qui affronte demain au Parlement le vote tant attendu sur le Brexit - et tout porte à croire qu’elle va le perdre ; et enfin Emmanuel Macron qui va lancer mardi le grand débat national censé répondre à la révolte des gilets jaunes, dans un contexte de défiance.

Mais comment ne pas voir l’affaiblissement du fonctionnement démocratique dans les trois cas ? Donald Trump, le milliardaire populiste, s’est fait élire contre les « élites », et, malgré son caractère dysfonctionnel, conserve son socle électoral, imperméable au délitement éthique de sa présidence. Theresa May doit gérer l’impossible mise en œuvre d’un référendum dont l’issue a été produite par le mensonge, et qui a plongé le royaume dans la confusion. Enfin, en France, un Président trop pressé a réveillé, avant même la mi-mandat, des frustrations territoriales, sociales, identitaires même, qui, derrière une demande d’absolue démocratie, cachent souvent une poussée autoritaire.

Mais dans les trois cas, le fonctionnement démocratique classique ne parvient pas à répondre à la crise.

Ces trois pays sont aujourd’hui affaiblis dans leur rôle international, et laissent le champs libre à des dirigeants autoritaires qui n’ont pas les mêmes contraintes. 

Première puissance mondiale, les États-Unis perdent leur crédibilité à vue d’œil ; le Royaume Uni est depuis deux ans totalement introverti ; et enfin la France, qui semblait épargnée, se retrouve happée par sa crise interne : Emmanuel Macron a réduit ses engagements internationaux à un moment où l’Europe se délite et se divise.

Ces crises simultanées nous obligent à nous interroger sur les conséquences de la fin évidente de la domination occidentale sur le monde, car c’est quand même de cela, aussi, qu’il s’agit. Un changement d’époque qui se fait dans la douleur, dans un monde sans boussole et sans repères ; Attention à ne pas y perdre notre âme au passage !

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