La Russie de Poutine et la Turquie d’Erdogan, toutes deux engagées militairement dans la guerre civile en Libye, ont tenté hier de consolider un cessez-le-feu dans ce pays. L’ONU assiste impuissante à l’internationalisation du conflit.

Vladimir Poutine (à gauche) et Recep Tayyip Erdogan, les présidents russe et turc, se sont vus à de nombreuses reprises ces dernières années ; ici le 7 septembre 2018 à Téhéran. Hier pour parler Syrie, et désormais Libye.
Vladimir Poutine (à gauche) et Recep Tayyip Erdogan, les présidents russe et turc, se sont vus à de nombreuses reprises ces dernières années ; ici le 7 septembre 2018 à Téhéran. Hier pour parler Syrie, et désormais Libye. © AFP / HO / TURKISH PRESIDENCY PRESS OFFICE / AFP

Ce sont de drôles de pompiers qui tentent d’éteindre l’incendie qui menace de ravager toute la Libye : Vladimir Poutine, le président russe, et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan. Leurs deux pays ont fait venir hier à Moscou les principaux protagonistes de la guerre civile libyenne, le premier ministre de Tripoli, Faïez Sarraj, et son rival de Benghazi, le maréchal Khalifa Haftar. Ils ont tenté, avec un succès très limité, de consolider un fragile cessez-le-feu temporaire entré en vigueur dimanche.

Drôles de pompiers, car ils sont en même temps …pyromanes. Certes, ils ne sont pas les seuls à mettre de l’huile sur le feu libyen qui ne les a pas attendus pour démarrer ; mais pyromanes quand même, engagés en armes et en hommes de part et d’autre de la ligne de fracture libyenne.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ces deux chefs d’État, qui ont en commun un culte des « hommes forts », s’entendent dans un conflit où ils ne soutiennent pas le même camp. Ils ont rodé leur relation en Syrie, pays qui, en matière d’ingérences étrangères, a battu tous les records de notre époque, créant un dangereux précédent pour la Libye.

La Russie a choisi le camp de Haftar, lui aussi dans la lignée des « hommes forts ». Dans sa marche vers Tripoli, il a reçu des armes mais aussi des combattants, officiellement de la société privée russe Wagner. Il ne déplait visiblement pas à Poutine de jouer les faiseurs de roi en Libye, après l’avoir fait en Syrie.

De son côté, la Turquie vient d’officialiser son engagement en faveur de Faïez Sarraj, reconnu internationalement, mais en position de faiblesse. Ankara a déjà transféré à Tripoli des armes mais aussi des miliciens islamistes syriens, avant d’intervenir directement. Erdogan s’affranchit de la tutelle occidentale en revenant sur des terres autrefois ottomanes.

Ces deux « parrains »  peuvent-ils ramener la paix ? Ils risquent surtout de prolonger la guerre, avec toutes les conséquences sur les civils, les migrants coincés en Libye, et sur les voisins, Tunisie, Algérie, Sahel.

Ce qu’on appelle généralement la communauté internationale est impuissant. Fin décembre, Ghassan Salamé, le représentant spécial de l’ONU pour la Libye, se disait, dans « Le Monde », « déçu et blessé » qu’après neuf mois de combats à Tripoli, il n’ait pas été possible d’obtenir un appel du Conseil de sécurité à un cessez-le-feu.

Il déplorait de voir les pays qui avaient voté l’embargo sur les livraisons d’armes à la Libye violer eux-mêmes leur propres résolutions, et reconnaissait que la crédibilité de l’ONU était en jeu.

C’est évident, et l’émergence de la Russie et de la Turquie dans ce conflit, à la fois comme acteurs de guerre et comme faiseur de paix, montre que nous avons changé d’époque. Les Américains se tiennent en retrait, et les Européens ont totalement raté le coche, même s’ils tentent de se rattraper en organisant à leur tour une négociation dimanche prochain à Berlin. 

La Libye est à l’image du monde qui s’annonce, sans règle du jeu ni arbitre.

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