En attaquant des cibles iraniennes en Syrie, et en mettant en scène la coopération avec l’administration Trump, Israël envoie un message transparent à l’administration Biden qui s’apprête à ressusciter l’accord nucléaire avec Téhéran.

Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou est un opposant farouche du programme nucléaire iranien. Ici, en 2018 à Tel Aviv, il dénonce un programme « secret » du régime iranien.
Le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou est un opposant farouche du programme nucléaire iranien. Ici, en 2018 à Tel Aviv, il dénonce un programme « secret » du régime iranien. © AFP / Jack GUEZ / AFP

Il est tentant, ces jours-ci, de tout ramener à la transition en cours à Washington. C’est le cas de ces attaques de l’aviation israélienne dans l’Est de la Syrie mardi, qui ont fait quelque 57 morts, selon une ONG indépendante syrienne. 

Israël a mené des dizaines, et peut-être des centaines de raids aériens en territoire syrien ces dernières années, dont beaucoup ciblaient les miliciens du Hezbollah libanais pro-iranien ou des installations iraniennes en soutien au régime de Bachar el-Assad. 

Mais le raid de mardi est le plus meurtrier de cette longue série, et, surtout, il est assumé là où Israël refuse généralement de commenter ; et a mis en scène une coopération avec l’administration Trump, d’ordinaire plus discrète dans ce type d’actions. 

Un officiel israélien a même été jusqu’à révéler que l’opération avait été discutée la veille, lors d’une rencontre dans un restaurant connu de Washington entre le Secrétaire d’État américain Mike Pompeo et le chef du Mossad israélien, Yossi Cohen. Si les deux hommes avaient délibérément souhaité être vus ensemble en public, ils ne s’y seraient pas pris autrement.

Selon cet officiel israélien cité dans la presse, la cible des raids était des entrepôts contenant des armes iraniennes, et, précision importante, des pièces servant au programme nucléaire iranien.

C’est sans doute la clé de cette opération, car l’administration Trump et le gouvernement israélien sont unis par la même hostilité à l’égard de l’Iran ; alors que Joe Biden n’a pas caché son intention de tenter de sauver l’accord nucléaire conclu par Barack Obama en 2015. Ces derniers jours, la presse israélienne analysait la composition de l’équipe Biden en fonction de ce seul critère : le Secrétaire d’État Antony Blinken, le Conseiller national à la Sécurité de la Maison Blanche Jake Sullivan, et le Directeur de la CIA, William Burns, ont, tous les trois, été associés à la négociation de l’accord nucléaire avec l’Iran.

De là à penser que ces raids sur la Syrie, et ce lien fait avec le programme nucléaire iranien, contiennent un message subliminal à l’administration démocrate à venir, il n’y a qu’un pas aisé à franchir. Accessoirement, le message s’adresse aussi aux électeurs israéliens bientôt appelés aux urnes, pour les inciter à voter pour celui qui défendra de manière musclée les intérêts d’Israël.

Les relations israélo-américaines ne vont donc pas être commodes…  Car malgré ce qui s’est passé la semaine dernière au Capitole et la procédure d’impeachement en cours, le gouvernement de Benyamin Netanyahou reste fidèle à Donald Trump, considéré comme le président américain qui a le plus soutenu Israël.

A l’opposé, Netanyahou avait des relations exécrables avec Barack Obama, et s’était opposé bec et ongles à la signature de l’accord avec l’Iran. Il avait même été prononcer un discours devant le Congrès américain pour inciter les élus à s’opposer à cet accord.

Ce combat recommence avec l’arrivée d’une administration héritière de l’ère Obama, qui veut renouer avec Téhéran, dans un contexte certes différent. Netanyahou se sent plus fort avec les liens qu’il a noué dans le Golfe, en particulier avec l’Arabie saoudite, farouchement hostile à l’Iran.

L’équipe Biden est prévenue, elle n’a pas que des amis dans cette partie du monde, même si elle n’a pas attendu les raids israéliens en Syrie pour le savoir.

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