La crise vénézuélienne est gravissime et sonne comme un désaveu cinglant pour tout ceux qui avait cru dans le « chavisme » triomphant des années 2000.

Je suis depuis des mois la crise vénézuélienne, à la fois parce qu'elle est gravissime, - on a faim dans certaines villes du Vénézuela – et parce qu'elle sonne comme un désaveu cinglant pour tout ceux qui avait cru dans le « chavisme » triomphant des années 2000. Aujourd'hui, le roi est nu et le régime vénézuélien montre son vrai visage : celui d'un régime entièrement militarisé. Pas plus tard qu'hier, le président Maduro a mis entre les mains du haut commandement militaire les ports et aéroports du pays.

Quelques mois plus tôt, ce sont les mines et le pétrole qui avaient été réuni au sein d'une holding confiée une fois de plus aux militaires. Et ce après avoir militarisé les circuits de distribution et l'ensemble des importations du pays. Est-ce que pour autant ces mesures d'exception ont été efficaces ? Non, bien sûr. Faute de pétrodollars, les importations du pays ont reculé de 70%, les usines ferment faute de matière première et les supermarchés sont désespérément vides.

Mais pourquoi confier aux militaires tant de pouvoir ?

En fait, Nicolas Maduro, qui a été formé à l'école des cadres du Parti communiste cubain, applique à la lettre le modèle castriste : communiste et égalitariste pour la galerie, mais pour les choses sérieuses : tout entre les mains des militaires. C'est comme cela que les militaires cubains, qui ne se sont pas battus sérieusement depuis un demi-siècle, contrôlent le secteur touristique, les importations et le BTP. Bref, tout ce qui rapporte des devises. C'est d'ailleurs aussi le modèle égyptien ou algérien : les militaires égyptiens contrôlent un bon tiers de l'économie, quant aux colonels algériens, ils ont fait depuis longtemps main basse sur le gaz et le pétrole. En fait, on peut parler à Cuba comme en Algérie ou en Egypte « d'état profond », c'est-à-dire d'une clique qui confisque l'essentiel des richesses et ne rendent de comptes à personne. Une clique en galons qui, par contre, défend bec et ongle ses intérêts.

Et c'est donc ce qu'il se passe au Venezuela...

Oui et non : c'est ce que voudrait mettre en place Nicolas Maduro. Mais le Vénézuela n'est pas Cuba, ni l'Algérie, ni même l'Egypte. D'une part, le pays a une très ancienne tradition démocratique qui refuse d'abdiquer ses droits et résiste au quotidien. Ensuite, il y a le peuple vénézuélien qui petit à petit commence à se révolter : depuis plusieurs semaines, il y a des émeutes dans tout le pays qui commencent à menacer sérieusement le régime militaro-communisant de Caracas. Un dernier exemple : ce weekend, plus de 35 000 Vénézuéliens ont pris d'assaut les points de passage avec la Colombie pour se précipiter sur les marchés colombiens et acheter tout ce qu'ils pouvaient : médicaments, nourriture, produits d'hygiène. Pas moyen d'arrêter une telle foule, pas moyen non plus de leur tirer dessus : les militaires ont dû laisser passer ces dizaines de milliers de femmes qui, simplement en traversant la frontière, ont infligé un défaite immense au régime bolivarien.

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