C’est une idée, rien qu’une idée mais assez simple et révolutionnaire pour mettre terme à la misère de pays qui devaient être riches, à cet absolu scandale dont le monde, aujourd’hui, s’accommode. Aujourd’hui de nombreux peuples vivent dans un total dénuement alors même qu’ils possèdent des réserves de matières premières, pétrole, gaz ou minerais, qui devraient non seulement leur assurer un niveau de vie décent mais leur permettre, aussi, d’accéder au développement. Famine ou guerres civiles, épidémies ou total manque d’éducation, souvent le tout en même temps, ils vivent sans espoir, la mort pour horizon mais pourquoi ? Pourquoi douze des 25 pays les plus dépendants des matières premières et six des Etats dont l’économie repose sur le pétrole comptent-ils au rang des « pays pauvres hautement endettés » ? Pourquoi l’Algérie, l’Angola, l’Azerbaïdjan, le Tchad, le Congo-Brazzaville, la République démocratique du Congo, la Guinée Equatoriale, le Gabon, le Kazakhstan, le Nigeria, le Soudan, le Venezuela même ne marchent-ils pas, bien au contraire, vers la prospérité ? Réponse : parce que des dirigeants corrompus, oligarchies ou élites politiques détournent à leur profit ces ressources naturelles. En Angola, par exemple, 90% du budget de l’Etat sont assurés par les revenus pétroliers mais un cinquième de ces revenus, plus d’un milliard d’euros, disparaissent chaque année, non pas perdus mais répartis sur des comptes secrets. On le sait. La Banque mondiale et le FMI le savent. Aucun gouvernement, ne l’ignore mais que faire ? Débarquer pour y mettre bon ordre ? Cela ferait trop de guerres à déclarer et par qui ? Porter plainte ? Qui aurait titre à le faire, juridiquement parlant, et devant quels tribunaux ? Attendre la création d’une Cour des comptes internationale ? Ce serait long. Alors une des personnalités les plus atypiques de ces temps, Georges Soros, un financier philanthrope, un spéculateur obsédé par l’éthique, un libéral qui ne cesse de dénoncer les méfaits du libéralisme sauvage, un homme, aussi, qui sait se faire entendre, a lancé, hier, dans le Financial Times, l’idée d’obliger les compagnies pétrolières et minières, à publier chaque année, pays par pays, le montant total des sommes qu’elles versent aux gouvernements des Etats dont elles exploitent les ressources. Elles ne le font pas pour la bonne raison que ces gouvernements ne le veulent pas et qu’elles se battent entre elles, à coup de pots-de-vin notamment, pour décrocher leurs permis d’exploitation. Inutile, donc, d’espérer qu’elles se convertissent à la transparence mais les Bourses où elles sont cotées, celles de Londres, New York et Paris, pourraient, elles, les y contraindre pour peu que des lois leur en fasse obligation. Ce serait facile. Toutes ces compagnies seraient alors logées à la même enseigne et, chiffres en main, la presse, les Etats étrangers, les partis d’opposition quand il y en a, pourraient poser des questions sur l’utilisation des fonds perçus. Tout ne serait pas résolu pour autant mais bien des dictatures en seraient ébranlées, bien des dictateurs auraient moins d’intérêt à vouloir à tout prix – on sait à quel prix – conserver le pouvoir. Alors une idée : et si la France, relayée par l’Europe, promouvoir cette idée ?

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