Tony Blair et ses ministres disent vrai. Jacques Chirac, oui, a bel et bien organisé une opération de diversion en soulevant la question du rabais britannique, de cette ristourne sur la contribution de la Grande-Bretagne au budget de l’Union que Margaret Thatcher avait obtenu il y a vingt ans au motif que son pays ne profitait pas de la Politique agricole commune. Jacques Chirac a ainsi voulu éviter d’être l’homme sur la sellette au Conseil européen de jeudi soir et vendredi, celui que ses vingt-quatre partenaires auraient fixé, le regard interrogateur. Il ne voulait pas que l’un après l’autre, ils lui demandent : « Eh bien, que comptez-vous faire ? Que proposez-vous que nous fassions maintenant que le « non » français a permis le « non » néerlandais et que, dans cette incertitude, les opinions se retournent dans un pays de l’Union après l’autre ? ». Derrière ces questions, il aurait eu à entendre une interrogation bien plus redoutable encore : « Si nous poursuivions, malgré tout, le processus de ratification, lui aurait demandé le Conseil, pouvez-vous nous garantir que les Français pourraient, au bout du compte, revoir leur position, revoter, afin que nous ne votions pas, nous, pour rien ? ». Jacques Chirac n’aurait évidemment pas pu donner cette assurance et il serait sorti de ce sommet en seul vrai responsable de l’échec du premier projet de Constitution européenne. Ce n’eut pas été moins ennuyeux pour la France que pour lui alors que là… Plus personne en Europe ne veut de ce rabais britannique. Ce n’est pas la France qui refuse son maintien, c’est toute l’Union car la Grande-Bretagne est revenue à la prospérité, que l’Union a besoin d’argent pour mettre ses nouveaux membres à niveau, et qu’il n’y aurait aucune raison que Londres ne contribue pas à cet effort. Jacques Chirac a ainsi réussi à mettre Tony Blair, sur le grill où il était lui-même. Si ce n’est pas une diversion, les mots n’ont pas de sens mais le fait est, en même temps, que le problème soulevé, là, par le Président français est absolument réel, que la position britannique n’est pas défendable et qu’elle l’est d’autant moins, surtout, que le seul moyen pour l’Union de dépasser sa crise institutionnelle, de ne pas s’installer dans la crise, serait de se mettre d’accord, dès cette semaine, sur son budget 2007-2013 et qu’elle ne peut pas le faire sans concessions britanniques. Dos au mur, Tony Blair a donc tenté de remettre Jacques Chirac sur le grill. Du bout des lèvres, il a laissé entendre qu’il pourrait faire des concessions sur son rabais si la Politique agricole commune, si chère à la France, était réexaminée. Cette contre-offensive est forte et habile. Il y aurait effectivement plus que beaucoup à dire sur la Pac mais il se trouve que Tony Blair a lui-même signé, en 2002, un compromis sur cette politique et qu’il est de bien mauvaise foi en martelant qu’elle mange la moitié du budget de l’Union car l’agriculture est l’un des rares budgets communautarisés, où les dépenses communes remplacent les dépenses nationales. Comme tant d’autres dans les débats européens, Tony Blair joue sur l’ignorance des faits, les affirmations choc et les effets de manche. On en est là. Un accord n’est pas totalement impossible mais l’Union, décidément, danse avec la panne.

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