Il y a plus d’un milliard de musulmans à travers le monde. On ne compte parmi eux qu’une infime minorité de terroristes mais on entend pourtant souvent parler de « terrorisme islamique » comme s’il y avait un rapport consubstantiel entre l’Islam et le terrorisme. L’erreur ne relève généralement que d’une ignorance du sens de l’adjectif « islamique » mais, si involontaires soient-elles, les confusions de ce genre n’aident pas plus à comprendre l’actualité proche-orientale qu’à apaiser les relations entre l’Islam et l’Occident. C’est pour aider à les éviter, dans la presse, la diplomatie et les déclarations politiques, que les 25 avaient donc demandé, fin 2005, à des linguistes et des islamologues de fixer le vocabulaire. Leur rapport le confirme, ce n’est pas toujours facile. Il y a, d’un côté, les évidences. L’adjectif « islamique » désigne tout ce qui a trait à l’Islam, mot qui désigne à la fois l’ensemble des religions musulmanes, comme on dit « christianisme », et l’ensemble du monde musulman, comme on dit « chrétienté ». Cet adjectif est un synonyme de « musulman » et c’est pourquoi l’expression de « terrorisme islamique » est à proscrire. Celle de « terrorisme islamiste » est de loin meilleure, beaucoup plus précise puisqu’elle rattache le terrorisme à une idéologie politique supposée fondée sur l’Islam, « l’islamisme », dont de nombreux adeptes pratiquent, ou acceptent, le terrorisme. Le problème est qu’il n’y a pas qu’un seul islamisme. Tous les islamistes se réclament d’une observance stricte et littérale du Coran et veulent faire des lois religieuses les lois de la cité. C’est le tronc commun mais il y a des islamistes chiites et des islamistes sunnites. Ce ne sont pas les mêmes comme on le voit en Irak et il y a, surtout, des islamistes aussi pacifiques que d’autres, les plus connus, sont violents. Le parti qui gouverne aujourd’hui la Turquie plonge ainsi ses racines dans l’islamisme mais il a renoncé à imposer la Charia, la loi religieuse, et se définit désormais comme « conservateur », ce qui est certainement trop vague mais pas complètement faux pour une formation qui évolue comme les partis chrétiens européens qui avaient fini par accepter la séparation de l’Eglise et de l’Etat après s’être formés pour la combattre. On le voit, même l’expression de « terrorisme islamiste » est loin d’être parfaite mais faudrait-il parler, alors, de « terrorisme jihadiste » ? Oui puisque les mouvements comme Al-Qaïda se réclament du « jihad » qu’ils entendent comme un devoir religieux d’étendre l’Islam par les armes mais non, pourtant, car ce mot de jihad désigne avant tout, dans le Coran, la tension vers le bien, l’effort de sainteté, que tout fidèle doit s’imposer. Les mots ne sont pas aisés car la réalité est complexe mais il y a encore une confusion au moins à ne pas faire. Non seulement tous les Arabes ne sont pas musulmans, mais tous les musulmans ne sont pas Arabes puisque ni les Turcs, ni les Iraniens ni, bien sûr, les musulmans d’Asie ne le sont. Encore un peu de jihad – on veut dire d’effort.

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