Le fait est là. De jour en jour, une heure après l’autre, le Mouvement de la résistance islamique, le Hamas, prend le total contrôle de la bande de Gaza. Hier soir tard, le Président palestinien et le Premier ministre, les chefs du Fatah et du Hamas, des deux mouvements rivaux qui s’affrontent armes à la main, ont appelé à l’arrêt des combats mais, outre que cet appel manquait beaucoup de force et de solennité, il n’a pas eu la moindre conséquence sur le terrain. Tandis qu’au sommet on parle cessez-le-feu, on compte les morts à Gaza, trente dans la seule journée d’hier ; les hommes du Hamas tirent froidement sur les manifestations de civils demandant un arrêt des combats car ils y voient un désaveu de leur offensive et, à cette heure, l’ultimatum que les islamistes viennent de lancer au Fatah – posez les armes avant vendredi sous peine d’une offensive générale – n’a pas été levé. L’une après l’autre, le Fatah perd ses positions, d’abord au Nord de la bande puis au Sud et, maintenant, dans la ville même de Gaza. La guerre civile, car il faut bien l’appeler par son nom, fait rage entre Palestiniens mais pourquoi ? Pourquoi les Palestiniens en sont-ils à s’entretuer avec une rare sauvagerie - défenestrations, mutilations, tirs dans des foules de femmes et d’enfants - alors que ces combats fratricides ne feront que les affaiblir un peu plus ? On voudrait au moins comprendre l’enjeu de ce bain de sang mais, en fait de réponses, il n’y a que des hypothèses. La première est qu’on assisterait tout simplement à un bras de fer entre deux mouvements que tout sépare, le Hamas qui poursuit le rêve d’une reconquête de l’ensemble de la Palestine du mandat britannique, d’une destruction d’Israël, et le Fatah qui a depuis longtemps rompu avec cet objectif et voudrait conclure une paix fondée sur la coexistence de deux Etats. Religieux, le premier a remporté les élections de janvier 2006 et dispose de la majorité parlementaire. Laïc, le second, fondé, par Yasser Arafat, incarne une légitimité historique et ces deux mouvements, malgré la constitution d’un gouvernement de coalition, ne trouvent décidément pas les moyens de s’entendre. En position de force à Gaza, le Hamas voudrait donc s’y ériger en seul pouvoir face au Fatah qui continue, lui, tant bien que mal, de contrôler la Cisjordanie. Deux Palestine, en un mot, une pour chacun. Les explications les plus simples ne sont pas forcément les plus mauvaises mais cette offensive est si planifiée, décidée, voulue qu’on ne peut pas exclure qu’elle puisse s’inscrire dans une stratégie plus générale. A l’heure où la tension est si forte au Liban, on ne peut exclure que ce soit non seulement le Hamas mais aussi l’Iran et la Syrie qui fassent monter les enchères alors qu’il n’y a pas de perspective de paix israélo-palestinienne et que les Etats-Unis sont bien trop désemparés pour pouvoir réagir. Si cela devait s’avérer, on n’aurait alors vu que le début des crises proche-orientales.

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