L’Europe n’avait pas exactement besoin de cela. Elle avait déjà l’endettement de ses Etats et une austérité qui va contrarier la reprise, l’extrême fragilité financière de plusieurs de ses membres, la grande difficulté qu’ont la France et l’Allemagne à se mettre d’accord sur la définition de ce gouvernement économique commun dont l’Union a tant besoin et voilà, maintenant qu’éclate la Belgique, l’un des six pays signataires de ses traités fondateurs, un pionnier de l’unité européenne. C’est la crise de trop mais c’est un fait aussi contre lequel personne ne peut rien car on est là devant une facture de l’histoire. Longtemps méprisés par les francophones enrichis par la révolution industrielle du XIX°, regardés comme des bouseux parce qu’ils ne parlaient pas ce français qui était alors la langue de l’intelligentsia et des relations internationales, les Flamands prennent aujourd’hui leur revanche. Devenus les riches du pays face à une Wallonie appauvrie par le déclin des industries lourdes, ils ne veulent plus ni l’entretenir de leurs impôts ni continuer de payer pour un Etat trop coûteux car toutes ses institutions ont été dédoublées au fil des temps par la coupure linguistique. Cela menait droit au divorce mais on y est aujourd’hui car ces élections sont sans appel. La Nouvelle Alliance flamande, ce N-VA qui appelle à « l’évaporation » du pays, est devenu, hier, le premier des partis belges en nombre de sièges. Si l’on additionne ses voix à celles de deux autres partis plus extrémistes, c’est près d’une moitié de l’électorat flamand qui a voté pour une séparation dans une spectaculaire progression de cette aspiration. C’est une cassure sur laquelle la Belgique ne reviendra pas mais, s’il y a, là, quelque chose de profondément affligeant, ce n’est pas un drame pour autant puisque tout cela se fait sans violence, dans le ressentiment mais sans haine, et que les deux vainqueurs de ce scrutin font montre d’une grande sagesse. D’un côté, le N-VA se garde bien de vouloir tout briser d’un coup et de pousser son avantage. Il appelle, au contraire, à procéder par étapes, à négocier des évolutions institutionnelles radicales qui feraient du pays une sorte de confédération, une union d’Etats autonomes dont les liens seraient de plus en plus ténus, jusqu’à cette « évaporation » à laquelle aboutirait un processus maîtrisé. De l’autre, les socialistes francophones qui sont arrivés en tête en Wallonie et forment, avec leurs cousins flamands, la première force politique du pays, se sont immédiatement dits ouverts à un « accord équilibré », tenant compte, a déclaré leur chef de file, Elio Di Rupo, du « souhait manifeste d’une grande partie de la population flamande ». Ce n’est pas du tout l’éclatement yougoslave. C’est bien plutôt le divorce à l’amiable des Tchèques et des Slovaques et il n’est, ainsi, pas impossible que la Belgique se survive, résumée à un nom partagé et une monarchie commune. Si ce n’était pas le cas, si ce n'était même pas cela, l’Union européenne pourrait alors se trouver dotée, comme les Etats-Unis, d’un district fédéral, Bruxelles, qui deviendrait son Washington tandis que se poserait la question des liens à nouer entre la France et la Wallonie dans ce qui s’appelle, déjà, le « ratachisme ».

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