C’est un vote qui concerne d’abord l’Italie mais pas seulement elle. En termes de politique intérieure, d’abord, ses résultats constituent un désaveu cinglant de Silvio Berlusconi puisque 57% des Italiens se sont exprimés dans ce référendum alors que le chef du gouvernement avait appelé à ne pas y prendre part afin que le quorum nécessaire de 50% des inscrits ne soit pas atteint et que ce scrutin soit nul et non avenu. Non seulement 57% des Italiens ont ainsi voté contre Silvio Berlusconi, ont divorcé de lui, mais c’est à quelque 95% qu’ils ont dit « non » à un recours au nucléaire, à la privatisation de l’eau et à l’immunité judiciaire, surtout, qu’il avait fait voter en sa faveur alors qu’il est poursuivi pour corruption de témoin, fraude fiscale, faux en écriture, abus de pouvoir et prostitution de mineure. C’est un immense « Dégage ! » qui s’est élevé, hier, de toute l’Italie et, après la gifle que les municipales du 30 mai dernier avaient déjà infligée à Silvio Berlusconi, il aura du mal à redresser la barre. Les prochaines législatives ne devraient avoir lieu qu’en 2013. Cela lui laisse théoriquement deux ans, un siècle en politique, mais sa majorité est courte et sa coalition fragile car ses alliés de la Ligue du Nord sont las de ce chef du gouvernement qui a perdu la main. La Ligue est devant un dilemme car, si elle provoquait des élections anticipées, elle risquerait d’y perdre de nombreux sièges mais, à l’inverse, si elle maintenait sous perfusion un homme dont le pays ne veut si manifestement plus, l’électorat pourrait le lui faire payer cher en 2013. Silvio Berlusconi doit se soumettre mercredi prochain à un vote de confiance du Parlement. On sera bientôt fixé mais, en attendant, il y a trois enseignements à tirer de ce vote qui, eux, concernent toute l'Europe. Le premier est que ce n’est pas la gauche qui a fait mordre la poussière à l’homme le plus riche d’Italie. La gauche a très activement soutenu l’organisation de ce référendum mais l’initiative en revient aux Verts, à des associations et à de nouveaux partis, de gauche mais qui se sont affirmés sur des valeurs morales plus que sur les thèmes traditionnels de la social-démocratie ou de l’ancien Parti communiste. Ce sont de nouvelles forces politiques, nées d’un mouvement citoyen, qui ont triomphé hier dans les urnes italiennes et ce phénomène d’obsolescence des grands partis, sensible dans toute l’Europe, est à rapprocher de l’évolution de l’opposition allemande au sein de laquelle les Verts ont désormais pris le pas sur les sociaux-démocrates. Le deuxième enseignement de ce scrutin est que la discipline des grands camps politiques, gauche et droite, tend à ne plus fonctionner puisque Silvio Berlusconi a été abandonné par ses propres électeurs exactement de la même manière que les problèmes d’Angela Merkel viennent de ses rangs ou que celui de Nicolas Sarkozy n’est pas une montée de la gauche mais son rejet par le centre et l’extrême droite. Quant au dernier enseignement d’hier, il est que la France est de plus en plus isolée en Europe dans sa préférence nucléaire puisque l’Italie est devenue le troisième de ses voisins du continent à rejeter l’énergie atomique après l’Allemagne et la Suisse.

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