Violences en Tunisie
Violences en Tunisie © LANDOV/MAXPPP / ADEL

La Tunisie reste traumatisée par les violences qu’elle vient de vivre. Le calme y est revenu hier mais, avec un mort et des centaines de blessés, les manifestations salafistes de lundi et mardi laissent tout le pays apeuré et divisé.

Tout avait commencé dimanche, au dernier jour du Printemps des Arts, une manifestation culturelle qui n’avait jusqu’alors pas posé de problèmes. Soudain débarquent dans une galerie de la Marsa, la banlieue bourgeoise de Tunis, un avocat et un huissier de justice qui exigent que soient décrochées des œuvres jugées offensantes pour l’islam. Un tableau représentant une femme très dévêtue, des barbus intéressés et un salafiste horrifié les indignent tout particulièrement. Le ton monte. Les sms alertent artistes et intellectuels qui viennent défendre l’exposition et, la nuit suivante, des vandales s’introduisent dans la galerie et détruisent les œuvres contestées.

La presse en fait ses gros titres. Internet s’enflamme. Des manifestations éclatent en plusieurs points de la capitale et dans plusieurs viles du nord-ouest et du sud. Des postes de police, un tribunal et des locaux des syndicats et des partis d’opposition sont incendiés. Les troubles sont tels qu’un couvre-feu est instauré par le ministre islamiste de l’intérieur.

Les violences cessent mais commence la polémique politique. L’opposition laïque accuse la coalition gouvernementale, le parti islamiste Ennahda et ses deux alliés laïcs, de n’avoir pas réagi assez fort et assez vite. Beaucoup d’opposants voient même là la preuve que les salafistes seraient bel et bien le bras armé d’Ennahda, une sorte de milice chargée de ses basses œuvres. La tension entre l’opposition et le gouvernement en est décuplée mais les trois présidences de la coalition, la présidence islamiste du gouvernement et les présidences laïques de la République et de l’Assemblée constituante, publient un communiqué commun condamnant clairement les salafistes.

« Les groupes extrémistes, y lit on, menacent désormais les libertés, s’arrogent le droit de se substituer aux institutions et tentent de mettre sous leur coup les lieux de culte ». C’est parfait, sauf… Sauf que le communiqué ajoute que les manifestations ont été infiltrées par des « spectres du régime déchu » et que « l’atteinte au sacré ne procède pas de la liberté d’expression ». Ce communiqué dédouane les salafistes en même temps qu’il les condamne et redouble ainsi l’inquiétude de l’opposition.

La confusion est complète mais l’équation, très simple. Totalement minoritaires mais en essor, les salafistes sont d’autant plus désireux de combattre à la fois Ennahda et l’opposition que les plus radicaux d’entre eux sont sensibles aux appels d’al Qaëda à abattre ce gouvernement islamiste jugé vendu aux Occidentaux. Leurs manifestations drainent des casseurs issus de la misère et Ennahda a tout simplement peur de cette mouvance dont il voudrait détacher les éléments les moins violents pour la fracturer avant de devoir l’affronter. En pleine mutation, ce parti islamiste tente donc de s’affirmer en force centriste, entre impies et fanatiques. Le résultat est qu’il perd sur tous les tableaux et devra choisir – choisir l’ordre et la loi – s’il ne veut pas s’effondrer dans les urnes.

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