Les sanctions économiques sont généralement réputées inefficaces. Le régime qu’elles visent, dit-on, peut les contourner sur le marché noir. Elles font infiniment plus souffrir des populations qui n’y sont pour rien que les dirigeants qu’elles veulent faire plier et leur effet, ajoute-t-on, est très lent.

Tout cela est vrai, partiellement vrai, mais regardons ce qui se passe aujourd’hui même en Iran. Les Iraniens élisent aujourd’hui un nouveau président et, alors même que cet homme aura peu de pouvoirs face au vrai maître du pays qu’est l’inamovible Guide suprême, le patron de la superstructure cléricale qui coiffe les institutions républicaines, alors même que ce n’est pas le chef de l’Etat mais ce Guide qui est décisionnel sur le programme nucléaire qui a suscité les sanctions internationales dont l’Iran est l’objet, qu’est-ce qui a été au cœur de cette campagne présidentielle ?

Une chose et une seule, les sanctions, uniquement les sanctions, car aucun des candidats en lice et pas même les quatre conservateurs qui se réclament du Guide ne pouvait ignorer ce qui est le principal sujet de préoccupation de électeurs. En Iran, les revenus du pétrole ont diminué de moitié l’année dernière. Les banques sont si profondément coupées des circuits financiers internationaux que les échanges commerciaux en deviennent quasiment impossibles. Le rial, la monnaie nationale, a si spectaculairement plongé face à toutes les devises étrangères que les prix se sont envolés, que l’inflation galope, que le niveau de vie régresse et que le chômage ne cesse plus de progresser.

En atteignant chaque famille, disait-on souvent, les sanctions vont souder les Iraniens autour du régime mais, non, c’est le contraire qui se passe. La population se demande pourquoi elle devrait payer un tel prix dans l’unique but de faire de l’Iran une puissance nucléaire mais ruinée, une autre Corée du Nord, et c’est ainsi que cette élection présidentielle est devenue une sorte de référendum sur la bombe.

Le Guide lui-même en est venu à reconnaître que les sanctions pesaient bel et bien sur la vie quotidienne des Iraniens lorsqu’il a déclaré qu’un fort taux de participation obligerait « l’ennemi à réduire ses pressions ». Les réformateurs se sont unis derrière un seul et même candidat, Hassan Rohani, qui avait joué la carte de l’apaisement avec les grandes puissances sous le second mandat du président réformateur Mohammad Khatami. On racontait hier comment cela s’est fait. L’opposition a pour candidat unique un homme dont l’histoire dit qu’il pourrait faire lever les sanctions et les candidats conservateurs ont prôné les uns plus de souplesse, les autres plus de fermeté encore pour arriver au même but.

Quel que soit le résultat de ce scrutin, la population iranienne a d’ores et déjà fait entendre qu’elle voulait un changement de politique étrangère. Quel que soit l’élu, le Guide devra en tenir compte et cela d’autant plus que le candidat réformateur, Hassan Rohani, a de plus en plus de chances de se qualifier pour le second tour. Des manifestations ou rassemblements en sa faveur se sont formés, hier, dans une trentaine de villes dont Téhéran. Quelque chose couve en Iran et la fraude ne suffira plus à le cacher.

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