Qui de Donald Trump ou d'Hillary Clinton saura le mieux capitaliser sur le choc, la peine et la douleur de dizaines de familles et de proches à Orlando et dans tout le pays?

Par Anthony Bellanger

La question que vous posez est simple : à qui profite le crime d'Orlando ?

Ou plus exactement, qui de Donald Trump ou d'Hillary Clinton saura le mieux capitaliser sur le choc, la peine et la douleur de dizaines de familles et de proches à Orlando, en Floride, et dans tout le pays ?

Ca paraît un peu cynique comme préoccupation, mais on est en pleine année électorale et les enjeux sont énormes. Et puis l'Etat islamique, a aussi choisi le mois de juin, celui des conventions des grands partis, pour peser sur l'élection.

Et donc, à cette question, Hillary ou Donald, la réponse la plus évidente est Trump. D'abord parce qu'on a déjà un peu de recul. En décembre 2015, suite à la fusillade de San Bernardino, Donald Trump avait effaré tout le monde.

En déclarant que les Etats-Unis devaient interdire l'immigration des musulmans. On a pensé alors que Donald Trump venait de saborder sa campagne. C'est l'inverse qui s'est passé : il est devenu immédiatement populaire.

Un schéma qui pourrait se reproduire avec le massacre d'Orlando ?

On peut le craindre. Il faut bien comprendre que les Etats-Unis ont toujours été épargnés sur leur sol par la violence de l'Histoire. Les deux guerres mondiales se sont passées loin de leurs côtes et de leurs villes.

De la même façon, le terrorisme est un fait relativement nouveau pour les Américains. L'Espagne, la Grande-Bretagne, l'Italie, la France ont connu tout au long du XXe et du XXIe siècle des dizaines d’années noires et de vagues terroristes.

L'Espagne, par exemple, sort à peine de 40 années de terreur basque qui ont fait 800 morts. De ce point de vue, les Etats-Unis ne sont entrés dans ce monde trouble et inquiétant qu'avec le 11 septembre 2001 : avec fracas, certes, mais récemment.

Ils se retrouvent un peu dans la situation de ces villages alsaciens ou autrichiens sans étrangers, qui vivent loin de la fureur du monde et votent comme un seul homme pour l'extrême-droite. Plus on est loin des problèmes, plus on n'en a peur.

Et Hillary Clinton, de son côté, comment décrire sa réaction ?

Hillary Clinton, c'est la quintessence de l'élève appliquée. Dans ces circonstances dramatiques, elle a d'abord veillé à ne pas surréagir. Elle a attendu que le président Obama qualifie Orlando d'acte de terrorisme pour utiliser le terme.

Elle a ensuite déplacé le débat sur le terrain de l'accès aux armes, histoire de bien se démarquer de Donald Trump et de ses déclarations incendiaires sur les musulmans. C'est une politicienne rouée, elle sait qu'elle a le temps pour elle.

Et surtout, elle connait l'Histoire. Elle sait que ce n'est pas la 1ère fois que le débat aux Etats-Unis se focalise sur l'immigration. Au début du XXe siècle par exemple, on soupçonnait les immigrés italiens et irlandais de catholiciser l'Amérique.

Voire d'importer le communisme. Chaque fois, les Etats-Unis ont su contourner l'obstacle et renvoyer les populistes aux marges. C'est le pari de Clinton : faire le gros dos et renvoyer Trump à ses casinos faillis et à son Penthouse new-yorkais.

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