Recep Erdogan n'est plus certain d'être réélu le 24 juin

Toutes les chances devraient être de son côté. Recep Erdogan contrôle l’essentiel de l’audiovisuel turc qui retransmets tous ses discours et fait état de ses moindres gestes alors que les candidats de l’opposition n’existent à peu près pas sur les écrans. La situation économique menaçant de se dégrader sérieusement, le chef de l’Etat turc a également pris les devants et largement anticipé l’élection présidentielle qui se tiendra donc dans dix jours exactement, dimanche en huit.

         Avec une popularité qui demeure grande car Recep Erdogan avait présidé, depuis qu’il a pris les commandes en 2003, à une longue période de de stabilité politique et de forte croissance, sa réélection devrait être acquise mais non ! Elle ne l’est pas.  

Ce n’est qu’une possibilité, nullement une certitude, mais « le sultan », comme on l’appelle à Istanbul, peut-être battu le 24 juin, mis en difficultés au moins, car tout conspire maintenant à lui nuire. La livre turque n’en finit plus de dégringoler tant les ménages et les investisseurs ont perdu confiance dans la solidité d’une économie qui s’essouffle désormais de plus en plus vite. Anticipation du vote ou pas, Recep Erdogan affrontera des électeurs inquiets pour leur niveau de vie et ce n’est pas tout.

Il y a également l’usure du pouvoir car on n’est pas impunément Premier ministre puis président depuis 15 ans. Il y a les fractures au sein de son propre parti, l’AKP, une formation d’origine islamiste mais devenue, au fil des ans, si diverse que beaucoup de ses élus et de ses cadres n’apprécient pas la dérive autoritaire de leur chef de file.

Il y a, surtout, l’exceptionnelle qualité des autres candidats en lice puisque Recep Erdogan a face à lui un tribun hors pair, Muharrem Ince, du parti laïc se réclamant de Kemal Atatürk, le père de la République ; une dame de fer, Meral Aksener, nationaliste et très croyante mais en cheveux, sans voile et proeuropéenne militante et, enfin, Selahattin Demirtas, figure de proue du HDP, le parti démocratique des peuples, héros non seulement des Kurdes mais également des classes moyennes urbaines qui fait campagne depuis la prison où il a été jeté il y a un an et demi.

Pour le sultan, la concurrence est rude, riche et très multiple. Il n’est ainsi plus exclu qu’il doive affronter un second tour, le 8 juillet, et là tout deviendrait possible parce qu’il serait ébranlé et qu’il n’est pas impossible que le front formé par plusieurs des courants de l’opposition ne remporte les législatives qui se tiendront en même temps que le premier tour de la présidentielle. Le suspense est d’autant plus grand que, jusqu’ici, Recep Erdogan n’avait pas eu besoin de faire bourrer les urnes et que cela ne s’improvise pas.   

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