L'attaque de deux tankers en mer d'Oman a fait monter le prix du pétrole - et le risque de guerre. Mais qui a attaqué les deux navires ? Les États-Unis accusent l'Iran qui dément. Une médiation est urgente pour stopper cette escalade.

Le tanker norvégien Front Altair en flammes, hier, après avoir subi une attaque d’une source non identifiée dans le Golfe d’Oman.
Le tanker norvégien Front Altair en flammes, hier, après avoir subi une attaque d’une source non identifiée dans le Golfe d’Oman. © AFP / ISNA / AFP

Comment vous y prendriez-vous, si vous vouliez déclencher une guerre dans une région qui vit du pétrole et du gaz, et par où passe une bonne partie de l’approvisionnement en hydrocarbures du monde ? C’est simple, il vous suffirait d’attaquer des tankers.

C’est ce qui s’est passé hier dans la mer d’Oman, tout près du détroit d’Ormuz, par lequel transitent chaque année quelque 2400 pétroliers. Deux tankers chargés ont été attaqués, et des vidéos les montrent en flammes ; leurs équipages ont dû être évacués.

La zone de l'attaque des deux tankers, le 13 juin 2019
La zone de l'attaque des deux tankers, le 13 juin 2019 © AFP / Thomas SAINT-CRICQ, Paz PIZARRO / AFP

La seule question qui se pose est évidemment de savoir qui a attaqué ? Qui a pris la responsabilité de commettre le seul acte susceptible de provoquer une guerre dans l’une des zones les plus armées, et les plus inflammables du monde ?

On ne sait pas, et c’est tout le problème. Les États-Unis, dont la cinquième flotte est basée à Bahrein, ont très vite montré du doigt l’Iran, leur bête noire. Mais l’Iran recevait au même le premier ministre japonais, en pleine tentative de médiation dément toute responsabilité. Mais la complexité du pouvoir à Téhéran fait que tout est possible.

Le simple fait qu’on ne puisse pas attribuer la responsabilité d’un acte de guerre aussi provocateur pose problème. Car chacun de ces incidents provoque une escalade : ce fut le cas le mois dernier, après le sabotage non revendiqué de quatre navires dans la même zone. Les Américains avaient déjà accusé l’Iran.

L’Iran fait figure de suspect car il avait publiquement dit que s’il ne pouvait plus exporter son pétrole, personne d’autre, dans la région, ne le pourrait non plus. Or c’est exactement ce que font les États-Unis avec leurs sanctions pétrolières.

Mais, dans sa situation, et à quelques semaines de la reprise annoncée d’une partie de son programme nucléaire, l’Iran peut-il se permettre d’offrir aux États-Unis le prétexte qu’une partie de l’administration Trump attend pour provoquer un changement de régime ? 

L’autre hypothèse, qu’on ne peut pas exclure, est celle d’une provocation, justement pour amener le conflit. Qui ? Avec quel feu vert ? Quels moyens militaires ? Les acteurs susceptibles d’agir de la sorte sont nombreux, et ce ne sont pas les moyens qui manquent.

Il y a quelques jours, Gérard Araud, qui était jusqu’à récemment l’ambassadeur de France à Washington, tweetait qu’il s’inquiétait d’entendre, contre l’Iran, les mêmes arguments que ceux qu’on entendait contre l’Irak en 2003, et souvent, précisait-il, dans les mêmes milieux. « N’ont-ils rien appris de ce désastre absolu », s’exclamait l’ex-ambassadeur ?

Quel que soit le responsable, l’Iran, une provocation, ou un tiers malveillant, l’urgence est à la baisse des tensions avant qu’un incident de trop ne déclenche un conflit catastrophique pour le monde. Mais les médiateurs sont devenus rares, les Nations Unies, en particulier, ne sont plus en position de jouer ce rôle. 

L’Europe a toujours un canal ouvert avec Téhéran depuis l’accord nucléaire de 2015, et devrait assumer cette responsabilité. En est-elle capable, c’est toute la question. Il y a en tous cas urgence, avant la prochaine étincelle.

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