Le G7 a sévèrement critiqué la Chine, au risque de faire de la défense de la démocratie une cause occidentale et pas universelle. La propagande chinoise a beau jeu de dénoncer un « petit groupe de pays » qui veut conduire le monde…

Pour son premier sommet international depuis son élection, Joe Biden a su imprimer sa marque, et en particulier une fermeté inédite dans cette instance vis-à-vis de la Chine.
Pour son premier sommet international depuis son élection, Joe Biden a su imprimer sa marque, et en particulier une fermeté inédite dans cette instance vis-à-vis de la Chine. © AFP / Brendan SMIALOWSKI / AFP

« Le G7 n’est pas un club antichinois », a commenté Emmanuel Macron hier, à l’issue du Sommet du G7 qui s’est tenu au Royaume Uni. Pourtant, c’est bien une des tendances lourdes de ce premier sommet international avec la participation du nouveau Président américain : la Chine est directement visée, comme jamais auparavant, dans les conclusions de la réunion.

Joe Biden a incontestablement imprimé sa marque sur ce G7, face à des Européens trop contents de retrouver un partenaire américain amical après la glaciation de l’ère Trump. Les Européens redoutent de se faire entrainer, plus qu’ils ne le souhaitent, dans la nouvelle guerre froide qui a, de fait, commencé ; mais ils n’ont pas pu s’opposer au rouleau compresseur américain.

Le Sommet dénonce les violations des droits de l’homme au Xinjiang ou à Hong Kong, fait référence à la nécessaire « stabilité dans le détroit de Taiwan », ce qui ne manquera pas d’agacer Pékin ; le sommet a aussi annoncé la création d’un programme rival des Routes de la soie chinoises, et réclame même une nouvelle enquête en Chine sur l’origine du virus du Covid, ce qu’à Paris, on ne souhaitait pas nécessairement voir figurer dans un communiqué du G7.

Si les Européens sont plus prudents, il n’y a pas de désaccord de fond sur les griefs adressés à la Chine. Mais, dans leur quête d’autonomie stratégique, ils redoutent d’être sommés de s’aligner par un partenaire américain revêtu des habits retrouvés de leader du monde libre.

Cette ambiguïté se retrouve tout particulièrement dans le cadre du G7. Cette instance était autrefois informelle, consacrée à la coordination entre les principales économies mondiales. Elle est en train de devenir le Directoire mondial d’un bloc démocratique, sans légitimité particulière autre que la puissance et la richesse de ses membres.

Il y a un danger évident, que l’on pointait pourtant du doigt à Paris à la veille de ce Sommet, à cantonner la défense de la démocratie à un club de pays riches, tous occidentaux à l’exception du Japon, et en majorité constitué d’anciennes puissances coloniales. 

Pour éviter ce piège, on a invité des pays comme l’Inde ou l’Afrique du sud en marge du G7 ; mais outre le fait que les errements populistes du premier ministre indien Narendra Modi rendent sa conception de la démocratie très contestable, ça ne change rien au noyau dur du « club ».

La propagande chinoise a bien compris l’effet d’opportunité pour elle. Elle a répliqué hier en rappelant que « l'époque où les décisions mondiales étaient dictées par un petit groupe de pays est révolue depuis longtemps ». Dans le monde en développement, en Afrique ou en Asie, il sera aisé de monter les opinions contre ces anciennes puissances coloniales qui veulent dicter leur loi au monde.

La défense de la démocratie est une tâche trop importante, dans un monde où celle-ci est fragilisée, pour être laissée aux seuls pays nantis qui n’ont pas toujours été très regardants sur le respect des valeurs qu’ils professent. 

Si elle ne devait être que la cause de l’Occident, la démocratie serait réellement en danger : elle ne sera vraiment défendue, en particulier face à une Chine porteuse d’autres valeurs, que si elle devient réellement universelle ; ce que le G7 n’est pas.

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