Nous disons « école buissonnière », les Britanniques disent, eux, « truancy » mot dans lequel on retrouve nos truands et la truanderie, un truandage – bref, une chose des plus sérieuses. La loi sur l’éducation adoptée en novembre 2000 par le Royaume-Uni a donc porté de 1000 à 2500 £, c’est-à-dire de près de 1500 € à plus de 4000 les amendes pouvant être infligés à des parents laissant leurs enfants sécher l’école. Plus spectaculaire encore, cette loi a prévu des peines de trois mois de prison ferme pour les familles qui ne se conformeraient pas à des avertissements répétés des services socio-éducatifs et ça y est, c’est fait. La Grande-Bretagne vient d’apprendre qu’une mère de famille, Mme Patricia Amos, 43 ans, cinq enfants qu’elle élève seule, était en prison depuis la semaine dernière, deux mois ferme, pour avoir laissé deux de ses filles âgées de 13 et 15 ans régulièrement manquer les cours. La BBC se faisait hier soir l’écho des protestations de Kerry, la sœur aînée, 25 ans, qui a pris en charge les deux petites filles. « Elles sont bourrelées de remords, expliquait-elle. Elles ont repris le chemin de l’école, ne réalisaient pas que leur désobéissance pourrait avoir de telles conséquences et réclament leur maman ». L’avocat de la famille estimait, lui, que la Justice avait eu la main lourde et qu’une libération conditionnelle s’imposait mais tel n’est visiblement pas l’avis général en Grande-Bretagne. Ce n’est pas de la commisération mais des applaudissements qu’y suscite cette affaire. Pour Roy Smith, responsable des services éducatifs du comté d’Oxford, ceux qui ont porté plainte contre Mme Amos, la sentence est justifiée car la mère n’avait fait aucun cas des démarches faites auprès d’elle. « Les parents, dit-il, ont le devoir de s’assurer que leurs enfants vont à l’école. Le service social a, lui, le devoir de s’assurer de l’assiduité scolaire des élèves et de prendre les mesures appropriées face à un absentéisme continuel ». Le secrétaire-général de l’Association des directeurs d’école, David Hart, n’est pas d’un autre avis. « Je salue, déclare-t-il, le fait que la Justice soit prête à utiliser ses pouvoirs et, dans les cas extrêmes, à envoyer des parents en prison pour avoir fermé les yeux sur l’absentéisme de leurs enfants ». Le Guardian, le quotidien de la gauche intellectuelle, a donné la nouvelle dans un article factuel ne manifestant pas la moindre réserve. Quant à la ministre, travailliste, de l’Education, Estelle Morris, elle ne cache pas son approbation, parlant d’un « signal fort » envoyé aux parents laxistes. Mme Morris est en fait ravie car elle a fait, chiffres en mains, de la lutte contre l’absentéisme l’un de ses chevaux de bataille. Trois détenus sur dix, dit-elle, admettent avoir séché l’école durant leur enfance et aujourd’hui, martèle-t-elle, 40% des délits commis dans la rue, 25% des cambriolages et un tiers des vols de voiture sont le fait de mineurs de 10 à 16 ans, oeuvrant à des heures où ils devraient être en classe. Tony Blair soutient sa ministre. A la rentrée prochaine des policiers seront affectés à 70 écoles où les professeurs ne parviennent pas seuls à faire respecter la discipline. Les Finances ont débloqué les crédits. L’air, en Grande-Bretagne, demain en Europe, est à l’autorité.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.