Chacun pourrait en tirer ses conclusions, évidemment contradictoires. Devant les attentats anti-américains de Ryad, une cinquantaine de morts et de blessés, peut-être le double, on ne sait pas encore, les uns pourraient dire que l’intervention des Etats-Unis en Irak ne fait, comme ils le craignaient, que renforcer le terrorisme tandis que les autres verront là la preuve, Georges Bush le disait hier, que leur guerre contre le terrorisme doit continuer. La vérité est qu’on ne sait pas, que ces attentats ne prouvent rien en eux-mêmes, ni qu’il fallait intervenir en Irak ni qu’il ne le fallait pas, mais il y a une chose qu’on sait en revanche. Jamais la force à elle seule n’a raison du terrorisme. Les Israéliens, pour leur plus grand malheur, l’éprouvent depuis la reprise de l’Intifida. Les Britanniques ont fini par l’admettre en Irlande. Le Kremlin devra le comprendra un jour en Tchétchénie où les islamistes ont aussi frappé lundi et l’Histoire l’a depuis longtemps prouvé. Par la force, on peut casser des réseaux, démanteler des maquis, obtenir une pause dans le déchaînement de la violence aveugle. La force n’est pas seulement utile. Elle est nécessaire mais elle est pourtant impuissance à éteindre la colère, la rage, la volonté de revanche ou le sentiment d’injustice dont naissent et renaissent les vocations terroristes. En Algérie, la France avait militairement gagné avant de perdre politiquement. Au Vietnam, la supériorité militaire des Etats-Unis ne les a pas empêchés, au contraire, de perdre la bataille politique mais, trois décennies plus tard, l’Amérique l’a oublié. Il y avait quelque chose de juste dans le pari irakien des Etats-Unis. Il n’était pas absurde pour l’Amérique de vouloir changer son image au Proche-Orient, de s’y faire tombeur et non plus soutien des dictatures, d’instaurer un minimum de libertés et de justice en Irak pour en susciter l’envie dans toute la région. Le verdict n’est pas encore rendu. Peut-être cela peut-il encore réussir mais il faudrait pour cela que les Américains fassent ce qu’ils ne se sont pas encore souciés de faire, débloquer des crédits d’aide, fussent-ils remboursables, faire fonctionner les hôpitaux, les écoles, les services publics, commencer au moins à le faire, assurer un minimum de sécurité et de revenus à la population – gagner, en un mot, la bataille des cœurs après celle des armes. Ce n’est pas ce qui se passe. L’insécurité est totale en Irak. Rien n’y fonctionne et l’Amérique, à ce rythme, aura bientôt réédité la criminelle erreur qu’elle commet en Afghanistan, laisser le pays partir à vaut l’eau, relativiser par son impéritie les crimes du régime qu’elle est venue abattre. Plus inquiétant encore, l’Amérique ne se hâte pas au Proche-Orient de forcer la main à la droite israélienne. Les Palestiniens ont fait ce que les Américains et le monde leur demandaient. Ils ont nommé un Premier ministre décidé à faire taire la violence et accepté le plan de paix, la « feuille de route », que proposent les grandes puissances mais Colin Powell s’est rendu à Jérusalem sans qu’Ariel Sharon ne s’engage à quoi que ce soit. Le lendemain, les attentats accueillaient le secrétaire d’Etat à Ryad. Contre le terrorisme, la force ne suffit pas.

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