C’était il y a vingt ans bientôt. Il y a presque deux décennies maintenant que le Mur de Berlin est tombé, que l’URSS s’est lézardée, que le communisme est mort et Moscou n’est plus Moscou, celle des temps soviétiques. C’est une ville trépidante, aussi épuisante que New York, toujours bloquée par d’interminables bouchons de voitures importées, rutilantes allemandes ou modestes japonaises. Ce n’est déjà plus, non plus, les premières années du passage à l’économie de marché quand les retraités, ruinés par l’emballement des prix, mendiaient aux coins des rues tandis que les nouvelles fortunes s’affichaient avec une effarante vulgarité. En vingt ans, beaucoup des retraités de l’ancienne économie sont morts. Ceux qui ont survécu ont, maintenant, des pensions plus acceptables, augmentées par les rentrées pétrolières qui ont bourré jusqu’à la gorge les caisse de l’Etat. Les nouveaux riches, parallèlement, tellement riches, se sont faits plus discrets, déjà vieil argent, déjà nouvelle aristocratie, protégeant les arts et finançant les bonnes œuvres. Ce n’est pas qu’il n’y ait plus de pauvreté en Russie. Pour l’immense majorité des gens, la vie est chère, la vie est dure. Les campagnes restent misérables mais Moscou n’est plus un îlot de richesse dans un océan de pauvreté. Les autres villes ont suivi, décollent, et ce que l’on voit s’affirmer, c’est une classe moyenne ascendante, dépensant tout ce qu’elle gagne dans ces enseignes internationales des meubles, du vêtement et de l’équipement ménager à prix abordables. C’est ce qui frappe le plus. A la vague des marques du grand luxe a succédé la déferlante des grandes surfaces qui ne désemplissent pas. Apanage des milliardaires, la rénovation des vieilles demeures marque le pas tandis qu’explose la construction d’immeubles pour jeunes familles à deux salaires qui empruntent pour s’acheter un toit. Et puis, surtout, il y a la jeunesse, la vraie, les garçons et filles de vingt ans qui n’ont pas connu le communisme, qui ne se représentant pas ce qu’il fut et ne veulent, d’ailleurs, pas le savoir car ils vivent, bien sûr, le regard tourné vers l’avenir, sûrs d’eux-mêmes et incroyablement libres de mœurs pour ce pays qui fut si pudibond. De loin, on voit le poids de l’ancien KGB, l’autoritarisme, l’argent roi, la corruption. On ne voit, de loin, qu’un régime opaque où tout se règle à quelques uns, brutalement, dans le sang parfois. On ne voit que cette réalité car elle n’est que trop présente et déterminante mais il y une autre réalité russe, bien moins violente, en fait, que celle de la Chine – celle, peut-être, qui, sous dix ou quinze ans, comptera le plus.

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