C’était courtois, aimable, chaleureux mais on ne s’entendait pas. L’Iris, l’Institut des relations internationales et stratégiques, organisait, hier, au Caire, une journée de débats franco-égyptiens sur l’avenir de cette Union pour la Méditerranée que la France a portée sur les fonds baptismaux. Universitaires, diplomates ou journalistes, les Français n’avaient en tête que la nécessité d’organiser une coopération entre les deux rives de cette mare nostrum, de cette mer commune, de nous souvenir que Maghreb, Proche-Orient et pays de l’Union européenne sortaient de ce même berceau, que la géographie liait nos destins, que nous ne pouvions réussir qu’ensemble et devions donc parler échanges, infrastructures et défense de l’environnement. Oui, oui – oui, bien sûr, disaient les Egyptiens, mais… et c’était ce « mais » qui comptait. Mais la Palestine, disaient-ils… Il n’y avait pas là de boutefeux, d’islamistes exaltés ou, moins encore, djihadistes, mais presque aucun des Egyptiens présents n’aurait parié un sou sur le devenir de l’Union pour la Méditerranée car Israël en fait partie. Les Européens l’avaient exigé. Le Maghreb et le Proche-Orient l’avait accepté mais, depuis, il y a eu les bombardements de Gaza, filmés en direct par les chaîne satellitaires arabes, et ces scènes, vues et revues, ont d’autant plus traumatisé l’Egypte qu’elle avait refusé d’ouvrir sa frontière avec ce territoire, empêché la fuite de ses habitants par peur de devoir accueillir un million de réfugiés, largement encadrés par les islamistes du Hamas. En Egypte, Gaza a laissé une colère doublée d’un remords, une mauvaise conscience qui durcissait, hier, les propos. Il y avait un refus d’envisager de faire quoi que ce soit avec Israël qui a, pourtant, une ambassade au Caire. Il y avait un permanent reproche fait à l’Europe à propos de ce conflit. « Pourquoi, disait l’un, refusez-vous de parler avec le Hamas au motif qu’il refuse la coexistence de deux Etats et ne rompez-vous pas avec ce nouveau gouvernement israélien qui n’en veut pas non plus ? ». Comment pouvez-vous, demandait l’autre, recevoir dans vos capitales un ministre israélien aussi ouvertement raciste qu’Avigdor Lieberman ? ». « Double standard », disaient-ils tous mais, bien au-delà d’Israël, une autre colère s’entendait contre l’Europe, une Europe qui parle de coopération mais se barricade, ne donne plus de visas qu’au compte-goutte, veut imposer son mode de vie aux autres et voit « en tout Arabe un puit de pétrole et, en tout musulman, une ceinture d’explosifs ». Il y avait des Français arabophones, des Egyptiens francophones, mais le dialogue des cultures tournait, hier, au dialogue de sourds dans lequel il était vain de rappeler que l’Europe défend la nécessité d’un Etat palestinien depuis longtemps, que Barack Obama a fait une priorité de ce qu’il considère comme un « intérêt national » américain, qu’Israël n’a peut-être pas tous les torts et que ce conflit, en tout état de cause, ne peut pas surdéterminer toute la relation euroméditerranéenne. Il n’y avait pas d’hostilité dans ce débat, bien au contraire, mais pas d’entente non plus.

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