Avec 18 millions d’habitants, la Rhénanie-Du-Nord-Westphalie et le land, la région, le plus peuplé d’Allemagne. Economiquement parlant, elle pèse autant que la Turquie tout entière. Son poids politique est donc considérable et c’est sur cette terre dont les évolutions préfigurent souvent celles du pays dans son ensemble que Mme Merkel a essuyé hier une cinglante défaite.

La démocratie-chrétienne, son parti, la CDU, y a reculé de quelques neuf points dans cette élection régionale tandis que les sociaux-démocrates sortants en gagnaient près de quatre, une progression qui devrait leur permettre de former une coalition stable avec les Verts. Important pour l’Allemagne, ce résultat l’est encore plus pour l’Europe car c’est demain qu’Angela Merkel aura son premier contact direct avec François Hollande qui, sitôt achevées les cérémonies de passation des pouvoirs, se rendra comme il l’avait annoncé à Berlin.

Ce sera le début de leur grande négociation sur les politiques économiques européennes et, loin d’être en position de faiblesse, le nouveau président de la République aura en face de lui une chancelière dont les revers s’accumulent. Non seulement la présidentielle française, les législatives grecques et les municipales italiennes ont marqué, le 6 mai, un rejet de la pure et simple austérité en Europe, non seulement les coupes budgétaires avaient fait chuter auparavant le gouvernement néerlandais, mais l’élection d’hier a également traduit cette même évolution de l’électorat paneuropéen en Allemagne.

En Rhénanie-Du-Nord-Westphalie, la droite avait fait campagne sur l’endettement de ce land qu’elle symbolisait dans ses meetings par un ballon gonflable. La gauche, pour sa part, insistait sur la nécessité de ne pas réduire les dépenses trop brutalement pour ne pas casser la croissance. Ce débat que la chancelière et le président de la République auront sur ce qu’il convient de faire pour l’Europe, la gauche et la droite allemandes viennent de le mener dans ce land et c’est à l’avantage des sociaux-démocrates qu’il a tourné.

Mme Merkel pourra d’autant moins l’ignorer que la campagne pour les législatives allemandes de l’automne 2013 vient, de fait, de commencer, que l’impasse politique en Grèce interdit à la France et l’Allemagne de perdre du temps dans la conclusion du compromis auquel elles devront parvenir et que la chancelière a besoin, en tout état de cause, des voix des sociaux-démocrates qui viennent d’être confortés par les électeurs pour faire ratifier par son Parlement le pacte budgétaire que François Hollande ne signera pas si des mesures de relance n’y sont pas ajoutées.

Entre la crise grecque, la fragilité espagnole et les positions divergentes de la France et de l’Allemagne, l’Union européenne a des airs de radeau dans la tempête mais jamais en même temps, elle n’aura aussi nettement formé un ensemble aussi clair. Un même débat traverse tous ses pays. Des tendances lourdes s’y dégagent. Toutes les situations nationales se mêlent, se fondent, et viennent, pour la première fois, constituer une donne politique européenne qui, sous peine de laisser exploser l’Union, contraint les gouvernements nationaux à définir des politiques communes tenant compte des électeurs.

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