Ce n’est désormais plus seulement une honte. Il n’y a désormais plus qu’un mot, celui d’obscénité, pour qualifier l’inaction du monde, de ses organisations internationales et de ses grandes capitales, devant le drame syrien. On en est à plus de 80 000 morts en deux ans. Plus du quart de la population syrienne est désormais constitué de réfugiés et de déplacés, 5 600 000 personnes en tout. Les massacres sont quotidiens. Le recours à l’arme chimique, au gaz sarin, par le pouvoir en place ne semble plus guère contestable et que fait ce qu’on appelle la « communauté internationale » ?

La Chine et la Russie bloquent toute résolution du Conseil de sécurité car ni l’une ni l’autre ne souhaitent qu’une nouvelle dictature ne tombe sous les coups d’une insurrection populaire qui pourrait donner des idées à leurs propres populations. L’Iran chiite, pour sa part, arme et finance le régime de Bachar al-Assad car il ne veut pas laisser s’effondrer le seul Etat de la région qui lui soit allié et lui permette de se projeter jusqu’au cœur du Proche-Orient sunnite. Quant aux Occidentaux, c’est plus affligeant encore.

Contrairement à la Chine, la Russie et l’Iran, ce n’est pas même qu’ils défendent une raison d’Etat. Non, ils sont tout simplement perdus, divisés, changeants – paralysés par leurs difficultés budgétaires, leur souvenirs d’Irak et d’Afghanistan et leurs craintes, surtout, que les armes qu’ils pourraient livrer à l’insurrection ne tombe entre les mains de djihadistes. A force de pas savoir prendre une décision, les Occidentaux ne font ainsi que renforcer les rangs des djihadistes au sein de l’insurrection, qu’accréditer l’idée qu’ils ne brandiraient leurs principes que lorsqu’ils servent leurs intérêts, que se discréditer et si bien laisser ce drame s’approfondir qu’il devient chaque jour plus insoluble.

Le sang coule, la barbarie triomphe, cette crise contamine tout le Proche-Orient et, comme personne n’est tout de même complètement aveugle, le monde s’agite, comme des mouches dans un bocal. Se rendant compte qu’elle ne peut plus tabler sur la survie du régime Assad, la Russie se rapproche des Etats-Unis qui finissent eux-mêmes par se dire qu’une période de transition négociée avec la dictature vaudrait mieux qu’un total chaos les obligeant à intervenir trop tard.

Très bien. Peut-être. Pourquoi pas mais, à défaut d’un véritable accord entre elles, l’Amérique et la Russie n’ont fait qu’appeler, il y une semaine, à la réunion d’une conférence internationale dont les objectifs sont si peu clairs que sa tenue est déjà repoussée, pendant que tout s’aggrave toujours plus. Frappée par un attentat dont elle a toute raison d’accuser les services syriens, la Turquie membre de l’Otan presse les Occidentaux de se montrer plus fermes.

Les Israéliens font pression sur la Russie pour la dissuader de fournir au pouvoir syrien des missiles sol-air qu’ils menacent implicitement de détruire sitôt qu’ils seraient livrés. L’insurrection n’en finit plus de se réunir pour tenter de resserrer ses rang. Les Européens avertissent que leurs capacités d’aide aux réfugiés seront bientôt épuisées et, dans ce fiasco international, la Syrie tombe toujours plus bas, entraînant tout le Proche-Orient avec elle.

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