Les instituts de sondage indiens ne sont guère fiables. Sans doute parce qu’il n’est pas évident de définir un échantillon représentatif de plus de 500 millions de votants dont les revenus et le niveau culturel sont aussi divers, ils s’étaient lourdement trompés aux élections de 2004 et de 2009.

La prudence, donc, s’impose mais, là, tout parait pourtant bien indiquer que l’Inde est à un tournant avec la très probable victoire de Narendra Modi, candidat du parti BJP, la formation nationaliste qui a érigé en programme politique la défense de l’hindouisme, religion de 80% des Indiens. Les résultats ne seront proclamés qu’après-demain mais quatre projections sur cinq lui donnent une majorité absolue de sièges, les milieux financiers qui lui sont favorables ont déjà salué sa victoire avec une envolée de la Bourse et de la roupie et tout portait aussi Narendra Modi à remporter la majorité, son équation personnelle comme la situation économique et politique.

Après avoir connu une décennie de croissance comprise entre 8% et 10%, l’Inde est retombée ces deux dernières années à des taux de 6,5% puis 5%. Le Parti du Congrès, celui de Gandhi et Nehru, est plus qu’essoufflé parce qu’il a conduit une libéralisation de l’économie profitable au pays mais dont beaucoup de ses électeurs ont souffert, que son Premier ministre sortant, Manmohan Singh, 81 ans, donnait depuis longtemps des signes de fatigue et que ce parti a, surtout, été éclaboussé par de retentissantes affaires de corruption. Plus grave encore, son candidat, Rahul Gandhi, n’a jamais semblé ni croire à sa victoire ni même la désirer car, après avoir vu assassiner sa grand-mère et son père, cet héritier d’une glorieuse dynastie politique considère et l’a publiquement dit que « le pouvoir est un poison ».

Un boulevard s’ouvrait ainsi à Narendra Modi, hindouiste ascète et végétarien qui sent le souffre depuis qu’il n’a rien fait, en 2002, pour empêcher l’assassinat d’un millier de musulmans dans l’Etat du Gujarat à la tête duquel il venait d’être porté. Il ne s’est jamais excusé d’avoir autant failli à ses responsabilités. Il a, au contraire, promu des gens qui avaient joué un rôle dans ces massacres survenus après des affrontements intercommunautaires. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne l’avaient en conséquence longtemps ostracisé mais ils le courtisent aujourd’hui, non seulement parce qu’on ne peut plus l’ignorer mais aussi parce que Narendra Modi s’est mué, aux commandes du Gujarat, en ami des grandes entreprises, leur offrant tous les avantages possibles pour qu’elles s’installent dans son Etat dont il a, de surcroît, largement éradiqué la corruption. Tout à la fois héraut de l’affirmation hindouiste, M. Propre et M.Croissance, il a ainsi ajouté à ses amitiés dans le business de fortes sympathies dans les classes moyennes et populaires.

Sauf grande surprise, c’est un homme providentiel, incarnation de l’argent et de la religion, qui arrive aux commandes de l’Inde, pays d’un milliard trois cent millions d’habitants, doté de l’arme atomique, en rivalité régionale avec la Chine et en permanent état de guerre avec le Pakistan voisin, Etat islamique et autre puissance nucléaire. Cela n’a rien de rassurant.

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