C’est une offre, une proposition de compromis, par nature insatisfaisante mais réaliste et nécessaire. Si les accords de Minsk et la trêve qu’ils prévoient étaient respectés en Ukraine orientale, les sanctions économiques prises contre la Russie après son annexion de la Crimée pourraient être levées, a déclaré mardi le secrétaire d’Etat américain, John Kerry.

La Russie n’a pas réagi. Publiquement au moins, elle n’a pas même relevé cette idée mais le fait est que John Kerry ne l’a pas avancée n’importe où mais à Sotchi, en Russie, où il a été reçu par Vladimir Poutine après l’avoir été par le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, pour des entretiens de deux fois quatre heures qu’il a qualifiés de « francs et productifs », ce qui signifie musclés mais utiles.

Rien ne dit que cette offre soit acceptée. Il serait même étonnant qu’elle le soit à ce stade mais elle est maintenant sur la table et répond aux intérêts des deux pays et aux besoins d’apaisement en Ukraine et dans bien d’autres crises.

Confrontée à de graves difficultés économiques liées à la fois aux sanctions occidentales et à la baisse des cours du pétrole, la Russie trouverait là l’occasion de s’en sortir par le haut. Elle obtiendrait que les Etats-Unis et, par voie de conséquence, l’Europe passent la Crimée par pertes et profits sans pour autant reconnaître son annexion. Ce statut de grande et incontournable puissance auquel elle tient tant serait consacré. Vladimir Poutine pourrait triompher sur sa scène intérieure en faisant valoir qu’il a eu raison de ne rien craindre dans la partie ukrainienne et l’économie russe s’en porterait, évidemment, moins mal.

Ce ne serait pas exactement un triomphe du droit. Ce serait une victoire du fait accompli mais l’objectif que les Etats-Unis poursuivent avec cette proposition n’en est pour autant pas immoral puisqu’il ne l’est pas de vouloir, premièrement, arrêter l’effusion de sang en Ukraine avant qu’elle ne déstabilise toute l’Europe ; s’assurer, en deuxième lieu, le soutien de la Russie à la conclusion définitive des négociations avec l’Iran sur le dossier nucléaire et, troisièmement, lui arracher sa coopération dans la recherche d’une solution à la crise syrienne qui passe forcément par un retrait de Bachar al-Assad - l’homme auquel la Russie apporte un soutien jusqu’à présent inébranlable mais qu’elle pourrait sacrifier dès lors qu’elle y trouverait son intérêt.

C’est un donnant-donnant que les Etats-Unis viennent de proposer à Vladimir Poutine et John Kerry l’a très explicitement dit en expliquant qu’il n’y avait « pas d’autre option que de parler directement à ceux qui prennent les grandes décisions, notamment dans une période aussi complexe et évoluant vite que celle-ci ». Sergueï Lavrov et lui se sont « mis d’accord pour se concentrer sur un seul objectif : faire en sorte que ceux qui ont signé les accords du 12 février (autrement dit, ceux de Minsk) les respectent ». John Kerry a même donné un gage à Vladimir Poutine lorsqu’il s’est désolidarisé de tout idée de contre-offensive ukrainienne en estimant que « le recours à la force par toute partie serait extrêmement destructeur » à ce moment du conflit. Les Etats-Unis se sont faits pressants et la balle est, maintenant, dans le camp russe.

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