Brusque regain de tension dans le détroit d’Ormuz, principale route maritime du pétrole mondial. Les États-Unis sont-ils engagés dans une stratégie de changement de régime en Iran ?

Le pétrolier saoudien « Amjad » dont les autorités de Ryad ont annoncé qu’il avait été victime d’un « sabotage » ainsi qu’un autre navire saoudien et deux navires émiratis.
Le pétrolier saoudien « Amjad » dont les autorités de Ryad ont annoncé qu’il avait été victime d’un « sabotage » ainsi qu’un autre navire saoudien et deux navires émiratis. © AFP / KARIM SAHIB / AFP

Le détroit d’Ormuz est une étroite voie d’eau entre l’Iran d’un côté, les Émirats arabes unis et le Sultanat d’Oman de l’autre, par lequel transitent chaque année quelque 2400 pétroliers. C’est assurément l’un des points névralgiques de la planète, un de ceux auxquels on ne touche pas sans précautions.

C’est pourquoi la brusque montée de tension avec l’annonce par les Émiratis et les Saoudiens du « sabotage » de quatre navires circulant dans cette zone, a de quoi inquiéter. Les deux pays n’ont pas donné d’autre précision, ni sur la nature de l’attaque, ni sur ses auteurs ; mais il suffit de suivre leur regard pour comprendre que c’est l’Iran, de l’autre côté du détroit, qui est visé.

D’autant que cette annonce intervient à un moment de grande effervescence, avec le blocus pétrolier américain de l’Iran, l’envoi d’un groupe aéronaval américain dans la zone, l’agitation diplomatique du Secrétaire d’État Mike Pompeo qui s’est invité hier à une réunion à Bruxelles. Et, de l’autre côté, les menaces de Téhéran contre l’accord nucléaire. 

Ca fait beaucoup en l’espace de quelques jours dans une zone qui ressemble à une poudrière.

La région du Golfe et la production pétrolière des pays riverains.
La région du Golfe et la production pétrolière des pays riverains. © AFP / Sophie RAMIS, Thomas SAINT-CRICQ / AFP

Le chef de la diplomatie britannique, Jeremy Hunt, a sans doute eu la meilleure formule lundi, en disant craindre une guerre « par accident » ; c’est-à-dire que l’accumulation des frictions conduise à une confrontation inévitable.

Le problème est que ce climat guerrier a des allures de crise artificielle, et qu’il est très difficile de faire la part du vrai et du faux dans les informations disponibles, qui sont à prendre avec précaution.

Les États-Unis ont un énorme déficit de crédibilité, surtout quand on sait qu’à la manœuvre à la Maison Blanche, on trouve John Bolton, le Conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, rescapé de l’administration Bush et de son invasion de l’Irak en 2003 sur la base du grand mensonge des armes de destruction massive.

Cette fois encore, Washington pousse Téhéran à la faute, et crée les conditions d’un changement de régime en Iran que les Américains estiment un peu vite à portée de la main.

L’Iran, malgré tout ce qu’on peut lui reprocher sur le plan intérieur comme régional -et il y a beaucoup à dire-, a respecté l’accord nucléaire conclu en 2005. Ca a été vérifié et confirmé par l’AIEA, l’agence chargée de l’énergie atomique ; c’est Donald Trump qui, il y a un an, a retiré les États-Unis de cet accord.

Que l’Iran ait un régime par bien des aspects odieux est incontestable, mais pas moins que l’Arabie saoudite, alliée des États-Unis, qui exécutait il y a quelques jours des mineurs, et mène une guerre cruelle au Yémen.

La question reste celle qui se posait en 2003 en Irak : Saddam Hussein était un abominable dictateur, mais avec leur invasion, les États-Unis ont ouvert les portes de l’enfer. S’apprêtent-ils à récidiver en Iran en précipitant la chute d’un régime avec lequel ils ont un lourd contentieux historique ? Ce serait une lourde erreur.

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