On comprend. On comprend que les dirigeants américains en veuillent à la France car, sans elle, ils n’auraient pas à envisager aujourd’hui de lancer, jeudi ou vendredi prochain, leur offensive contre l’Irak, sans oser demander un vote des Nations Unies. Sans la France, ils n’en seraient pas au bord de se mettre hors-la-loi car, sans l’obtention française à marteler que la menace n’était pas si imminente et grave qu’il faille recourir aux armes avant même d’avoir épuisé tous les moyens pacifiques de faire désarmer l’Irak, Paris et Berlin n’auraient pas formé un pôle de résistance à cette aventure inutile et dangereuse ; Moscou puis Pékin ne seraient pas venus renforcer ce pôle ; les petits pays membres du Conseil de sécurité n’auraient pas pu refuser de soutenir les Etats-Unis ; la Turquie n’aurait pas traîné les pieds comme elle continue à le faire – Georges Bush, en bref, ne se heurterait pas, sans la France, à l’opposition de la quasi totalité de la planète. Pour le Président américain, le problème, c’est vrai, c’est Paris mais fallait-il vraiment qu’une tête pensante du Pentagone, Richard Perle, en arrive, hier, à déclarer que la France s’était « alignée » sur Saddam Hussein ? Et y avait-il une quelconque nécessité à ce que la Maison-Blanche rejette les propositions françaises de recherche d’un consensus en expliquant que la France cherchait à se « dépêtrer » des problèmes intérieurs que sa position lui créerait ? Tant qu’on se contentait de rebaptiser les « french fries », les frites, en « freedom fries », c’était modérément drôle mais, là, c’est un peu trop. Ce n’est plus admissible car où sont, d’abord, les problèmes intérieurs dont les dirigeants français auraient à se sortir ? Si la Maison-Blanche lisait les journaux, elle saurait que de la gauche à la droite en passant par le centre, les positions de la France sur l’Irak sont approuvées par une écrasante majorité des Français, comme par la majorité d’ailleurs de l’opinion internationale. Ce qui était embarrassant pour Georges Bush dans cette main tendue hier par la France est précisément qu’il ne veut pas rechercher un consensus international contre Saddam Hussein car il ne veut pas le faire désarmer mais le renverser, avec ou sans aval de l’Onu, que le monde accepte ou non cette guerre. En quoi la France serait-elle, ensuite, « alignée » sur Saddam Hussein ? Est-ce le soutenir que de constater que les inspections et la pression internationales l’amènent à détruire ses missiles ? Est-ce le soutenir que de dire qu’à faire plier un dictateur, on l’affaiblit et le conduit à la chute ? Et pourquoi, surtout, la France voudrait-elle soutenir Saddam ? « Pour ses contrats, ses intérêts, le pétrole », répondent en chœur les conservateurs américains. Vraiment ? Alors la France est bien bête, franchement imbécile car, pour ce qui est des contrats, le meilleur moyen de les décrocher n’était pas de s’opposer aux Etats-Unis. Il suffisait de marcher avec eux et de participer au partage du gâteau. Et puis une remarque, enfin. Si les moyens militaires de Saddam sont si terribles, comment se fait-il que le Pentagone prévoit, à juste titre cette fois-ci, une guerre éclair et l’écroulement du régime irakien ? Peut-être simplement « Incohérent », comme on dit à la Maison-Blanche en parlant, il est vrai, de la politique française.

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