Le fait est que, dans ce rapprochement entre l’Europe et les Etats-Unis, ce sont, décidément, les Américains qui font des pas vers l’Europe et non pas l’inverse. Ce fut d’abord vrai sur le conflit israélo-palestinien. L’Union pressait, là, les Etats-Unis de se réengager dans le processus de paix en déclarant, avec elle, que l’évacuation de Gaza devait préluder à l’évacuation de l’ensemble des Territoires occupés. Ce sera un « test » de l’évolution de nos relations, avaient déclaré les Français. Tony Blair avait fait passer le même message et c’est maintenant fait. Quand Georges Bush parle du futur Etat palestinien, il précise désormais qu’il devra bénéficier d’une « continuité territoriale » et s’est ainsi inscrit, comme les Européens, dans la perspective d’un retour aux frontières de 1967. C’est une clarification de taille. Elle est d’autant plus importante qu’on ne peut plus guère imaginer, maintenant, que les intentions d’Ariel Sharon soient différentes et, depuis vendredi, les Etats-Unis ont fait, sur l’Iran, un deuxième pas en direction de l’Europe. C’est une évolution plus spectaculaire encore car sur l’Iran, la Maison-Blanche et l’Europe divergeaient beaucoup plus profondément que sur la question palestinienne. Soutenus par l’ensemble de l’Union, Londres, Paris et Berlin s’étaient engagés dans de difficiles négociations avec le régime des mollahs pour tenter de lui faire abandonner ses ambitions nucléaires en échange de sa réintégration à l’économie mondiale et, notamment, de son entrée dans l’Organisation mondiale du commerce. Les Etats-Unis, à l’inverse, se refusaient à faire la moindre promesse aux Iraniens car l’Iran disaient-ils, n’a pas à être récompensé de son respect de ses engagements internationaux mais puni s’ils les viole. Il y a deux mois seulement, lors de son discours d’inauguration, Georges Bush avait même laissé planer la menace d’opérations militaires contre la République islamique mais, devant les protestations de Tony Blair, Jacques Chirac et Gerhard Schröder, Condoleezza Rice a, maintenant, fini par indiquer que, oui, les Américains tiendraient les promesses de l’Europe si les négociations avec l’Iran aboutissaient. Georges Bush s’est rallié à la démarche européenne car l’unité des Européens était absolument totale et que ses menaces militaires n’avaient pas de crédibilité dans la mesure où les Etats-Unis sont bien trop occupés en Irak pour aller intervenir en Iran, fût-ce depuis les airs. Expérience irakienne aidant, les Américains découvrent que la force ne peut pas tout, que même la leur a ses limites, qu’ils ne peuvent pas se couper du monde au point de l’être de l’Europe et que le règlement de la crise israélo-palestinienne est un impératif de la stabilité internationale. Le réalisme marque des points à Washington. Il y progresse même si bien que Georges Bush parait maintenant admettre, comme les Français l’en pressent, qu’il faudra tenir compte du Hezbollah pour éviter que le retrait syrien ne précipite le Liban dans de nouveaux troubles.

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