Face à l’Iran, le vent tourne à Washington. Longtemps, la prudence y avait prévalu car les dirigeants américains voyaient bien qu’ils ne pouvaient pas se lancer dans une confrontation militaire, ou même politique, avec Téhéran sur la question nucléaire alors qu’ils n’avaient pas trouvé la moindre arme de destruction massive en Irak. A contrecœur, soulagée, en même temps, de ne pas avoir à ouvrir un nouveau front au Proche-Orient, la Maison-Blanche avait donc approuvé les tentatives de négociations européennes avec la République islamique. Ou bien elles aboutissent et c’est tant mieux, s’y était-on dit, ou bien elles échouent et le monde verra bien alors que les ambitions nucléaires de l’Iran ne sont pas une invention. C’est ce qui se passe aujourd’hui. Ces négociations n’ont mené à rien. Londres, Paris et Berlin, les Européens ne croient maintenant plus guère à la possibilité d’un compromis. Les déclarations incendiaires de Mahmoud Ahmadinejad, le nouveau Président iranien, ont encore accru leur scepticisme et même la Russie ne cache pas son irritation vis-à-vis de l’Iran qui ne se décide pas à accepter d’enrichir son uranium en territoire russe comme le lui a proposé Vladimir Poutine. L’Iran « n’aide en rien » ceux qui voudraient trouver une solution pacifique à ce problème, vient ainsi de déclarer le ministre russe des Affaires étrangères en se disant « très déçu » par cette attitude. C’est dans ce contexte que les faucons américains reprennent la main. Après que Condoleezza Rice eut déclaré la semaine dernière que l’Iran était le pays qui posait « le plus grand défi » aux Etats-Unis, le Washington Post indiquait hier que Georges Bush et ses conseillers multipliaient en ce moment les réunions sur l’Iran, consultaient à tout va les spécialistes de ce pays et s’étaient décidés à augmenter la pression contre le régime islamique. Un bureau spécial a été crée au Département d’Etat. Les ambassades américaines dans les pays limitrophes de l’Iran reçoivent des renforts, notamment à Dubaï. Les émissions de la Voix de l’Amérique à destination de l’Iran vont passer d’une heure à vingt-quatre heures par jour. Bref, si l’on ne parle pas encore à Washington de renverser le régime iranien en soutenant ses opposants, tout indique que cela devient l’objectif et Jack Straw, le ministre britannique des Affaires étrangères, déclarait, hier, que l’Iran et les Iraniens « méritaient mieux » que leurs actuels dirigeants et que l’Europe « soutenait les aspirations du peuple iranien à un avenir plus démocratique et plus prospère ». On n’en est pas aux bruits de bottes mais, oui, le vent tourne, suffisamment en tout cas pour inquiéter les Chinois qui ont besoin du pétrole iranien et les Russes, surtout, qui voudraient se faire les artisans d’un compromis et reprendre pied au Proche-Orient. La Chine et la Russie freinent, donc, des quatre fers au Conseil de sécurité où Américains, Britanniques et Français voudraient faire adopter une déclaration très ferme contre Téhéran, première salve avant d’autres tirs. La question iranienne devient une crise.

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