Georges Bush abordait, hier, au Mexique, la dernière étape de sa tournée de « réengagement » en Amérique latine. Manifestations, scepticisme de l’opinion, critiques de la presse dans chaque pays, il aura pu mesurer à quel point le sous-continent lui reproche de s’être détourné de ses problèmes mais c’est là, sur la presqu’île du Yucatan, à Merida, que le malaise entre les deux Amérique s’est le mieux vu. Aussi courtois que direct, Felipe Calderon, le Président mexicain, a commencé par rappeler à son hôte qu’il avait quasiment inauguré son premier mandat, en 2001, en déclarant que les relations avec le Mexique étaient les plus importantes de toutes pour les Etats-Unis. « Malheureusement, les priorités ont changé », a-t-il constaté avant de souhaiter qu’on retrouve « l’esprit de ces mots » effacés par le 11 septembre et de durement critiquer la politique américaine vis-à-vis de son pays. Premier problème, le mur, ce mur de plus de mille kilomètres que les Etats-Unis ont entrepris de bâtir le long de leur frontière avec le Mexique pour tenter d’endiguer le flot permanent de candidats à l’immigration clandestine. « On la stoppera plus sûrement en construisant un kilomètre de route dans nos Etats que 10 kilomètres de mur au Texas ou en Arizona », a asséné Felipe Calderon en expliquant qu’il fallait créer des emplois pour les Mexicains au Mexique et que l’émigration était, d’abord, un drame, pour son pays qui perdait avec elle « le meilleur de notre peuple : les jeunes, les actifs, les forts ». Second problème, la lutte anti-drogue, cette lutte placée tout en haut, si haut, de l’agenda latino-américain des Etats-Unis qui pressent à chaque occasion leurs voisins d’en faire leur priorité. Répondant à cette injonction, le Mexique a mobilisé plusieurs milliers de ses soldats dans cette bataille mais « si nous ne réduisons pas la demande de drogue dans une région donnée, a fait remarquer Felipe Calderon, il sera très difficile de réduire l’offre dans la nôtre ». « Nous avons besoin de la collaboration et de la participation active de notre voisin », a martelé le Président mexicain disant par là que si les Etats-Unis commençaient par démanteler les réseaux de trafiquants sur leur territoire et réduisaient la consommation de leurs propres citoyens, il y aurait moins de trafic à combattre en Amérique latine. Sec, précis, maître d'école, c’est une leçon de gouvernement qu’a donnée Felipe Calderon à son hôte qui a répondu en promettant de faire adopter par le Congrès des mesures de régularisation provisoire en faveur des douze millions d’étrangers, dont quatre à cinq millions de Mexicains, travaillant clandestinement aux Etats-Unis. C’est loin d’être fait et, en attendant – Proche-Orient oblige – l’Amérique latine continuera de recevoir moins d’aide aide annuelle de Washington que la seule Egypte.

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