Ce n’est pas joué mais, peut-être, sommes-nous à l’aube d’une nouvelle période. Devant l’ampleur des craquements qui se font entendre sur les marchés financiers, avec l’annonce, en toile de fond, de l’écroulement de l’un des principaux fonds d’investissements américains, le groupe Carlyle, la Maison-Blanche a présenté, hier, un plan de durcissement de la réglementation des marchés. « Les turbulences des marchés financiers ont été provoquées par un affaiblissement spectaculaire des critères d’attribution des prêts hypothécaires aux Etats-Unis », a rappelé le secrétaire au Trésor, Henri Paulson, avant d’expliquer que cette défaillance avait été le symptôme d’un dysfonctionnement plus large. Le problème, a-t-il dit en substance, est que les investisseurs ont manqué de rigueur, que les agences de notation ont travaillé dans l’approximation et que la gestion des risques s’est affaiblie au sein des banques. Henri Paulson n’est pas allé jusqu’à le dire mais ce qu’on entendait là était clair. L’autorégulation des marchés, cette « main invisible » qui serait, aux yeux des libéraux, la meilleure des régulations, n’a pas fonctionné et le secrétaire au Trésor a, donc, annoncé un retour de la réglementation. Il sera modeste, prudent mais la supervision des banques et des organismes de crédit devrait être renforcée. Ils devraient désormais obtenir une licence, une autorisation d’Etat, pour poursuivre leurs activités. Ils devraient avoir, également, à augmenter leurs fonds propres et, parallèlement, on devrait imposer une plus grande transparence aux agences de notation, organismes privés qu’on avait laissé se substituer aux contrôles d’Etat et qui sont si souvent en relation d’inceste avec les établissements financiers qu’elles sont supposées évaluer. On va voir mais, ne serait-ce qu’en mots, un climat change. Depuis le milieu des années soixante-dix, le dogme promu par les milieux financiers, la Banque mondiale, le FMI, par toujours plus de gouvernements aussi, était que « l’Etat n’est pas la solution mais le problème ». Il faut « déréglementer » afin de redonner souffle, allant et liberté d’innover aux entreprises, entendait-on de toutes parts. Ce fut l’évidence d’une période car, peut-être, était-on arrivé, oui, à trop de réglementations dans la longue période qui avait suivi la crise de 29 mais le moins qu’on puisse dire est que le recul de cette réglementation a fini par tordre le bâton dans l’autre sens. Parce qu’il a accompagné la mondialisation des marchés qui ont ainsi échappé à tout contrôle des Etats, ce recul a fini par laisser l’argent libre de faire n’importe quoi dans la recherche du profit le plus grand et le plus rapide. On en voit aujourd’hui les résultats. On en est arrivé à une anarchie dont on ne perçoit, sans doute, que les premiers effets. L’argent lui-même appelle désormais les Etats au secours. Ils vont en reprendre un ascendant et, signe des temps, le scandale des fraudes fiscales allemandes conduit, en ce moment même, l’Union européennes et ses Etats membres à se mobiliser contre le secret bancaire et les paradis fiscaux, ces grands instruments de l’autonomisation des marchés.

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