Ce constat, on aurait aimé, beaucoup aimé, ne pas avoir à le faire mais les faits sont malheureusement là. Un an après le début de l’insurrection syrienne le 15 mars dernier, après douze mois de manifestations pacifiques sur lesquelles ce pouvoir a systématiquement et froidement fait tirer, malgré le courage de ce peuple qui a bravé la mort pour la liberté, ce régime d’assassins pourrait bien l’emporter.

Homs est tombée, écrasée sous les bombes. L’armée syrienne s’attaque maintenant aux dernières villes et régions qui résistent encore et le fait avec la même barbarie. Ce peuple n’est pas déjà vaincu mais il n’a que sa solidarité, quelques pistolets et sa détermination pour s’opposer à des blindés qu’aucune aviation étrangère ne viendra clouer au sol. Ce n’est pas que le monde soit indifférent à ce massacre. Les pays arabes, l’Europe, la Turquie, les Etats-Unis, bien d’autres pays encore, hurlent au contraire leur indignation, prennent des sanctions économiques qui pèsent lourd et ostracisent cette dictature mais aucun n’est prêt à intervenir ou même à livrer des armes aux insurgés car ils ont – c’est horrible à dire mais c’est ainsi – de bonnes raisons de ne pas le faire.

Des livraisons d’armes ne feraient pas le poids face à ce régime surarmé qui trouverait là l’excuse qu’il attend pour démultiplier ses crimes. Sauf à répéter l’aventure irakienne et à briser l’Onu, aucune puissance ne peut intervenir dans un pays souverain sans l’aval du Conseil de sécurité et cet aval ne sera pas donné car la Chine et la Russie ne veulent pas que les Nations-Unies prennent l’habitude d’aller défendre un peuple en lutte contre une dictature. Les Syriens ne peuvent pas espérer le moindre secours et Bachar al-Assad le sait si bien que c’est en tout quiétude qu’il peut poursuivre sa boucherie.

L’assassin de Damas a désormais de bonnes chances de passer la vague mais ensuite ? Ensuite, il y a deux scénarios. Les optimistes disent qu’il n’obtiendrait alors qu’une victoire à la Pyrrhus, qu’avec des caisses vidées par sa guerre et face à la haine de son peuple, il ne pourra que tomber comme un fruit rongé. Les pessimistes murmurent au contraire, premièrement, que le monde devra bien finir par traiter avec lui car il sera resté en place et, deuxièmement, que toutes les tentatives de médiation en cours l’annoncent déjà puisque c’est à un chef d’Etat en fonction qu’elles demandent des gestes d’ouverture et d’humanité comme on demanderait à un anthropophage de dresser le couvert.

On ne sait pas. Ces deux scénarios sont également plausibles mais, quel que soit le court terme, même vaincu le peuple syrien n’oubliera pas le sang versé pour la liberté et ne renoncera pas à l’espoir qui l’avait levé. Peut-être lui faudra-t-il longtemps pour gagner, mais une génération s’est formée dans cette bataille et c’est aujourd’hui tout le monde arabe qui rejette les dictatures. Ce printemps est aujourd’hui hivernal et glaçant mais ni l’histoire ni la liberté n’avancent jamais d’un coup. Elles s’élancent, reculent et stagnent, mais, une fois en marche, elles ne s’arrêtent pas, reprennent souffle et l’emportent.

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