Internationalement parlant, l’événement est aussi marquant que l’accession du cardinal Wojtyla au trône de St-Pierre. Lorsque les catholiques et le monde avaient appris, en 1978, que le nouveau pape venait du froid, ils avaient découvert qu’une autre Europe, pleinement européenne, s’étendait au-delà du rideau de fer, qu’il y avait des hommes comme les autres, chrétiens en l’occurrence, dans le bloc soviétique, qu’ils étaient de plein pied dans le monde et non pas d’un étrange au-delà, s’y battaient pour la liberté et pouvaient même avoir – incroyable, stupéfiant – un physique d’acteur hollywoodien.

D’un coup, le pape polonais, Jean-Paul II, avait réintégré l’Europe centrale dans le monde, préfigurant de 11 ans la chute du mur de Berlin, redonnant espoir et fierté à son peuple et l’arrivée d’un Argentin au Vatican pourrait bien avoir des conséquences tout aussi grandes.

Ce n’est pas que l’Amérique latine, contrairement à la Pologne de l’époque, paraisse appartenir à un autre monde. Non, pas du tout puisque l’Amérique latine appartient, aussi insuffisamment que cela soit, à l’univers mental de l’Europe et, naturellement, des Etats-Unis mais ce que l’Eglise universelle vient de dire par ce choix est que le monde n’est plus avant tout atlantique, que le monde est désormais un seul monde puisque l’écart entre les continents se resserre et que l’Amérique latine, l’Afrique et l’Asie vont bientôt, très bientôt, déjà pour certains de leurs pays, tout autant compter que ce qu’on appelait l’Occident. L’Eglise n’a pas seulement dit hier que ses plus gros bataillons et la foi la plus ardente se trouvaient aujourd’hui sur les continents émergents mais que le monde devait maintenant s’appréhender comme un tout et qu’il était donc normal, logique, contemporain qu’un pape puisse venir, pour la première fois depuis la nuit des temps, d’ailleurs que d’Europe.

Cet aggiornamento n’est pas seulement celui de l’Eglise mais du monde. C’est pour chacun que les pendules sont remises à l’heure. L’Amérique latine, l’Afrique et l’Asie ne pourront voir là qu’une reconnaissance de leur montée en puissance et en ressentir la même fierté que la Pologne d’il y a 35 ans mais ce n’est pas uniquement là qu’est l’importance de cette élection.

Le cardinal Bergoglio est le premier pape à avoir pris François pour nom et ce n’est pas neutre. François, c’est St-François d’Assises, ce jeune et riche déluré amoureux des plaisirs qui avait un jour choisi de renoncer à ses biens, d’en faire don et faire vœu de pauvreté pour vivre parmi les pauvres en robe de bure et ceinture de corde. Ce nouveau pape qui a demandé aux fidèles de le bénir avant qu’il ne les bénisse, avait renoncé aux fastes épiscopaux, à sa voiture et son chauffeur pour vivre dans un simple appartement de Buenos Aires, circuler en métro et dire que « la pauvreté était une violation des droits de l’Homme ». Il n’est pas moderne, pas du tout théologie de la libération, pas non plus dans l’air du temps sur la question des mœurs mais abhorre l’injustice sociale et dénonce avec autant de vigueur que le faisait Jean-Paul II la sanctification de l’argent.

Cet ascète est du côté des pauvres et en cela aussi son élection répond à un criant et universel besoin de notre temps.

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