Le recul électoral enregistré hier par Angela Merkel aura de lourdes conséquences en Europe. Ces trois scrutins régionaux de l’Allemagne se soldent ainsi par une double défaite mais commençons par celle de la chancelière.

Son parti, la CDU, n’est arrivé qu’en deuxième position , largement derrière les Verts, dans le Bade-Wurtemberg qui avait pourtant été l’un de ses fiefs avant qu’une coalition des Verts et des sociaux-démocrates ne le lui ravisse en 2011. En Rhénanie-Palatinat, terre de l’ancien chancelier démocrate-chrétien Helmut Kohl, la CDU est également battue, par les sociaux-démocrates cette fois-ci et, bien qu’elle reste en tête en Saxe-Anhalt, elle y voit grossir l’AfD, l’Alternative pour l’Allemagne, qui engrange dans ce land plus de 20% des voix.

Dans ces trois scrutins, il s’agit donc beaucoup plus d’une percée de l’AfD que d’une remontée du SPD, de la social-démocratie, de l’autre grand parti allemand, qui enregistre au contraire de sévères reculs dans le Bade-Wurtemberg et en Saxe-Anhalt. Nouvelle extrême-droite à l’origine hostile à l’euro mais aujourd’hui essentiellement anti-immigrés, l’AfD a progressé au détriment du parti de la chancelière qui paie là, sur la droite de la droite, sa politique d’accueil des réfugiés syriens.

Tout le paysage politique allemand en est modifié. Avec une droite et une gauche ébranlées, une consolidation des Verts et une extrême-droite siégeant désormais dans la moitié des Parlements régionaux, l’Allemagne tend à s’aligner sur les autres pays européens, sur le fractionnement de leurs échiquiers, la crise de leurs grands partis et la résurrection de leurs extrêmes-droites.

Angela Merkel aura du mal à remonter la pente avant les législatives de 2017. Bien qu’elle reste très populaire en raison de la bonne santé de l’économie allemande, il n’est plus certain qu’elle puise briguer un quatrième mandat dans dix-huit mois ou se retirer, au faîte de sa gloire, comme le chancelier de la renaissance allemande. Au moins provisoire, c’est sa défaite.

Or, pour l’Union européenne, cette défaite est une catastrophe car... Observons la situation. Le Premier ministre britannique est tout occupé à essayer de convaincre son pays de ne pas opter pour un Brexit en juin prochain. À un an de la prochaine présidentielle, le Président français paraît, lui, échec et mat et voilà maintenant que la chancelière allemande, le plus solide des 28 dirigeants européens, subit une humiliation d’ampleur qui met à mal son autorité.

Il y a trois grandes puissances en Europe. Les trois ont désormais des dirigeants affaiblis ou paralysés tandis que le couple franco-allemand fait chambre à part, que les nouvelles extrêmes-droites s’affirment partout et que les nouveaux pays membres, sortis du bloc soviétique il y a un quart de siècle, entrent en dissidence, autoritariste et nationaliste.

Bonne ou mauvaise, plus personne n’est à même de donner une orientation politique à l’Union, navire sans capitaine en zone de tempête.

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