Dans cette affaire d'empoisonnement, la Première ministre n'a pas de preuve mais tout la pousse à accuser la Russie

        Il n’y a pas de « smoking gun ». Dans l’affaire de l’ancien espion russe empoisonné en Grande-Bretagne, il n’y a pas de « pistolet fumant » comme on dit en anglais pour désigner une preuve irréfutable et la question se pose donc de savoir pourquoi la Première ministre Theresa May n’a pas hésité à publiquement juger « hautement probable » une implication de la Russie dans cette tentative d’assassinat.

        On n’est pas « probablement coupable » mais coupable ou innocent. En désignant un coupable sans l’accuser formellement, la Première ministre a bafoué tous les principes de la Justice mais, comme elle ne pouvait pas l’ignorer, on doit en conclure qu’elle avait là ses raisons. 

La première est qu’un faisceau de présomptions accable le Kremlin dans la mesure où le poison employé ne s’achète pas à la droguerie du coin. Il s’agit d’une arme chimique mise au point par l’Union soviétique à la toute fin des années 70. Il n’est bien sûr pas impossible que cette arme ait été copiée depuis dans d’autres pays mais, outre que cela ne semble pas être le cas, l’homme visé, Sergueï Skripal, n’est pas chinois, iranien ou palestinien. Non, il est russe, ancien colonel du renseignement militaire, traitre à sa patrie puisqu’il avait vendu des noms d’agents russes aux services britanniques, et cet homme coulait des jours paisibles en Grande-Bretagne après avoir été libéré dans le cadre d’un échange d’agents en détention. 

L’arme est russe. Le motif a de très grandes chances de l’être aussi puisque le poison, sous M. Poutine, est très employé par ses services et que cet empoisonnement envoie le message que la trahison ne peut jamais payer, même après une libération. Cela ne donne pas un smoking gun mais cela fait beaucoup et puis il y a l’essentiel qui est le contexte.

D’autres le font ou l’ont fait. M. Poutine n’a rien inventé mais le fait est que ses services sont extrêmement mobilisés dans la déstabilisation politique des Etats-Unis et des pays de l’Union européenne. Quand ils ne jettent pas sur la place publique des mails internes de la campagne Clinton, les services russes s’emploient à soutenir et financer les nouvelles extrêmes-droites occidentales et à répandre fausses nouvelles et commentaires orientés sur les réseaux sociaux. 

La Russie a fort bien pu penser qu’en pleine difficultés du Brexit, la Grande-Bretagne devrait avaler sans réagir la couleuvre de cet empoisonnement sur son sol et avouer ainsi un isolement et une faiblesse. C’est en tout cas ce que semblent être l’analyse de Mme May, celle qui l’a conduite à relever le gant sans smoking gun, et la raison pour laquelle Paris, Washington et Berlin font front avec elle. Entre les Occidentaux et la Russie, ça va mal, toujours plus mal, vraiment très mal. 

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